Cinq raisons de lire "La carte et le territoire"

23/09/10 à 10:36 - Mise à jour à 10:36

Le dernier bouquin de Michel Houellebecq, "La carte et le territoire", suscite les passions. Il y a ceux qui le portent aux nues, et ceux qui n'y voient qu'un ouvrage sans autre réel intérêt que de faire parler de son auteur. Nous avons trouvé cinq bonnes raisons de le lire.

Cinq raisons de lire "La carte et le territoire"

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1. Jed Martin, le personnage principal du livre, est un artiste conceptuel solitaire fascinant. Extrêmement détaché, il vit sa vie comme autant d'étapes froidement remplies les unes après les autres. Mise à part la relation très réglée mais bouleversante qu'il entretient avec son père, il poursuit une observation calme et désensibilisée du monde, s'éteignant lentement à tout désir.

2. Le beau titre du livre, tiré de la première exposition de Jed Martin, La carte est plus intéressante que le territoire, est le fondement de la foi en toute oeuvre d'art: la représentation intensifie la réalité, le roman sera toujours plus fort que la vie qu'il tente d'écrire.

3. Frédéric Beigbeder, qui y tient un rôle anecdotique, est comiquement présenté comme "une sorte de Sartre des années 2010" qui, après avoir poursuivi la dépénalisation de la drogue, aurait rejoint le parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot et réussi à faire oublier ses origines aristos.

4. Le roman parle avec conscience d'un monde qui tend à s'uniformiser toujours plus, qui mondialise les mêmes buts, qui aplanit les spécificités, qui produit à la chaîne copies et caricatures. Le réveillon chez un Jean-Pierre Pernaut qui épluche et épuise les modes de fête région par région atteint, à cet égard, des sommets de comique pathétique.

5. Houellebecq lui-même s'y donne un rôle, apparaissant dans le roman sous sa propre identité. Or, s'il montre une époque qui rétrécit les particularismes, il ne fait preuve, à son propre égard, ni de censure, ni d'alignement. Il plonge en lui-même et dissèque ses travers avec une nudité et un désenchantement rares, qui seraient presque dérangeants s'ils n'étaient accompagnés d'une ironie et d'un plaisir entreprenants.

La carte et le territoire, de Michel Houellebecq, éditions Flammarion, 432 pages.

Y.P.

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