Chronique BD: New School

16/01/14 à 14:37 - Mise à jour à 17/01/14 à 10:41

Source: Focus Vif

ROMAN GRAPHIQUE | Dans la famille des auteurs indés américains, je demande le fils prodigue.

Chronique BD: New School

A 30 ans et quelques albums à peine, Dash Shaw s'est déjà taillé une solide réputation. La faute à un style et un univers singuliers à la croisée de Chris Ware pour la minutie et de Hunter S. Thompson pour les relents narcoleptiques. Qu'il s'aventure sur le terrain de la chronique familiale (Bottomless Belly Button), ou qu'il revisite le campus novel (Body World), le trentenaire décontenance et fascine autant par ses délires visuels (formats hors normes, lecture horizontale...) que par les interférences du paranormal dans des récits à tiroirs psychanalytiques.

Chronique BD: New School

© DR

Après une pause musicale -un clip à la poésie vénéneuse pour le titre Seraph des Islandais névrotiques de Sigur Ros-, le voici de retour au roman graphique. Avec cette fois une histoire de fratrie sous LSD. Danny a toujours été fasciné par son grand frère Luke, plus dégourdi et plus doué en tout. Une jalousie qui pousse le cadet à s'approprier les dessins du frangin lors d'un camp scout, déclenchant la fureur de Luke, qui est à deux doigts de le noyer. Un incident de trop pour des parents bigots, qui envoient l'aîné travailler sur X, une île où un artiste met la dernière main à un parc d'attractions géant, Clockworld.

Les mois passent. Luke ne donnant pas de nouvelles, Danny est prié d'aller le chercher. En arrivant sur l'île, le benjamin découvre un jeune homme métamorphosé, apaisé et heureux, en même temps qu'une communauté aux moeurs étranges pilotée par un démiurge humaniste. Mais l'Eden est en toc. Sous ses dehors cosmopolites, cette utopie ressemble à une petite dictature comme les autres, prompte à mater le moindre faux pas d'une jeunesse insouciante.

Dash Shaw sert ici une décoction étrange, sinueuse, diffractée, entre drame intime et délire expressionniste à la Fritz Lang. Un trip acide qui pourrait lasser s'il n'était adouci par une virtuosité graphique. Le dessin au feutre noir se pare ici et là d'aplats de couleurs, quand ce n'est pas carrément de photos, accentuant encore l'impression de dériver aux confins d'un rêve Disney qui aurait mal tourné. A défaut de convaincre complètement, une expérience visuelle et formelle troublante.

  • DE DASH SHAW, ÉDITIONS ÇÀ ET LÀ, 340 PAGES.

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