Malou, nichons! Sans quoi les terroristes vont gagner!

30/11/15 à 10:01 - Mise à jour à 10:26

Serge Coosemans s'était mis en tête de retrouver qui, le premier, a sorti l'idée que "les terroristes gagnent si...." Au bout d'une recherche avortée, il a collectionné beaucoup de citations de Paulo Coelho et s'est imposée une éventualité pas cool du tout. La pop-culture qui carambole en temps de guerre, c'est Crash Test S01E13.

Malou, nichons! Sans quoi les terroristes vont gagner!

© DR

Puisque, par les temps qui courent, se cultiver, c'est résister, je n'ai pas pu résister, je me suis cultivé. Cette semaine, c'est devenu une obsession de retrouver qui, le premier, a un jour sorti cette idée que "les terroristes gagnent si..." J'avais misé sur Moshe Dayan, Thatcher, Pik Botha, Big Brother et Adam James Susan (le chef du Parti fasciste dans la bédé V pour Vendetta) mais Internet n'a pas pu me confirmer ces intuitions, principalement parce que c'est une recherche rendue très compliquée depuis quelques jours, toute introduction du mot "terroriste" dans un moteur de recherche renvoyant désormais automatiquement à l'actualité récente et aux 678 tweets pondus par Marcel Sel entre le 21 et le 22 novembre. J'en ai toutefois dégotté une bien bonne. À savoir qu'aux États-Unis, la rhétorique du "terrorist win if..." est totalement dénigrée dans le langage courant et la tchatche de rue. Le Urban Dictionary définit même l'expression comme une parodie de manipulation mentale destinée à imposer par la peur ses propres idées, ses propres envies. Exemples: "Ce soir, on va manger des chips et des pizzas, sinon les terroristes vont gagner" ou encore "Malou, nichons, sans quoi c'est donner la victoire aux terroristes!"

Ce détournement date des années Bush, où l'expression "then the terrorists win..." fut utilisée à toutes les sauces par l'appareil politique et sécuritaire américain ainsi que par la plupart des médias. J'ai toutefois du mal à admettre, comme l'avance pourtant Wikipédia, que cela ne fait donc qu'une quinzaine d'années que l'on entend ça et c'est bien pourquoi, plutôt que de continuer à creuser ou de m'avouer bredouille, j'ai décidé d'attribuer toutes les citations en rapport au terrorisme de cette chronique à Paulo Coelho(1).

Paulo partout, vérité nulle part

"Le terroriste des uns est le combattant de la liberté des autres", avait coutume de répéter Tonton Paulo à l'époque où, chez certains branchés de gauche, il existait une attirance intellectuelle mais aussi esthétique pour l'OLP, la Bande à Baader, voire même l'IRA. C'est que pour vaincre Zion et brûler Babylone, la lutte armée semblait plus efficace que le bulletin de vote ou les concerts de folk sud-américain dans les MJC. Notre bon Paulo a toutefois commencé à changer d'avis lorsque certains de ces combattants du peuple se sont mis à plastiquer des gares pleines d'innocents et à faire exploser des avions civils au décollage plutôt que de continuer à concentrer leur violence sur les grands patrons, les politiciens d'extrême-droite, les bourgeois, les flics et les militaires. Coelho a alors viré de bord, soufflant notamment à l'oreille de Madame Ferraille Thatcher que le meilleur moyen de combattre le terrorisme était de refuser la peur qu'il engendre mais surtout la publicité dont il dépend. Autrement dit, on envisagea de censurer toute information au sujet de l'IRA. Curieusement, aucun média ne répondit à cette proposition par des photos de chatons et il y eut même quelques éditorialistes pour expliquer qu'en fait, le terrorisme était une tactique fonctionnant au fond pas mal du tout. Après quelques bombes, c'est qu'il n'était pas rare de voir un gouvernement rétropédaler sur sa politique extérieure ou même échanger des armes contre des otages.

Sua mãe uma puta, um està em merda!

Nous n'en sommes plus là. Aujourd'hui, il est permis d'avoir peur. à vrai dire, il est même assez évident que certains gouvernements occidentaux attisent cette peur, ne fût-ce qu'un tout petit peu par stratégie, en tous cas plus certainement par cafouillage. Aujourd'hui, si on ne veut pas que le terrorisme gagne, le grand concept à la mode, c'est de lui opposer la normalité, pas de refuser la peur. Sauf que ce qu'exige cette propagande-là n'est pas de vivre normalement, c'est de narguer outrancièrement le fondamentaliste islamiste. Aux mitraillettes, au semtex et à l'éventuel gaz sarin, répondre par plus de jupes ras-la-touffe, plus de salami pur porc et plus de ballons de rouges. Plus de cynisme rigolard, plus de craboutchas blasphématoires et plus de rock & roll tarlouze. Surjouer n'est pas normal mais c'est pourtant ce qui nous est demandé et, en fait, pour le coup, Paulo pourrait bien avoir piqué l'idée à Salman Rushdie et à Charlie Hebdo, dont une grande partie du discours sur la menace qui les concernait personnellement vantait justement cette importance de continuer à vivre normalement, considérant même ouvertement cette forme d'arrogance trompe-la-mort comme une arme idéologique.

Le problème, c'est que de plein gré ou non, consciemment ou pas, cette attitude sert en fait surtout l'agenda néo-conservateur, ce que la sagesse de rue aux États-Unis semble donc avoir bien compris depuis longtemps mais que nous, les bobos occidentaux et les clowns du Net, ne faisons que découvrir depuis la réponse guerrière de François Hollande aux attentats de Paris. Si le but, comme le claironne partout depuis 3 ans l'Etat islamique, est de tuer un maximum de mécréants et d'attirer toutes les armées du monde en Syrie, histoire de réaliser un fantasme apocalyptique de type Armageddon; la peur, la normalité, les jupes ras-de-la-touffe, les caricatures et le salami ne sont évidemment qu'assez secondaires dans ce masterplan. Ce terrorisme-là ne gagne que lorsque vous êtes tous morts, vraiment morts, pas juste à l'abri en train de bingewatcher The Man in The High Castle plutôt que d'aller consommer de la vieille noisette enrobée de caramel industriel aux Plaisirs d'hiver. Ce terrorisme-là gagne lorsque vos dirigeants envoient des porte-avions et des bombardiers labourer le Moyen-Orient plutôt que d'opter pour des solutions plus discrètes, intelligentes, concertées avec ceux qui vivent sur place et, surtout, durables. Ça aussi, Paulo Coelho l'a bien compris. Aux dernières nouvelles, on l'aurait d'ailleurs vu opter pour un "Sua mãe uma puta, um està em merda!" tout neuf et nettement plus adapté aux temps présents que tout ce qu'il a pu déblatérer jusqu'ici.

(1) Je rappelle que le problème des citations sur Internet, c'est qu'elles sont souvent fausses. (Marcel Sel)

En savoir plus sur:

Nos partenaires