Les riches patrons de la Silicon Valley sont-ils les Mad Max de demain?

06/02/17 à 14:35 - Mise à jour à 14:33

Ca flippe sec en Californie. Un récent article du New Yorker nous apprend en effet que beaucoup de patrons d'entreprises technologiques ont succombé au survivalisme et se préparent donc à survivre à l'apocalypse. Ou à la révolution bolchévique américaine. Pop-culture, anxiété des élites et carambolages, voici le Crash Test S02E19.

Les riches patrons de la Silicon Valley sont-ils les Mad Max de demain?

© DR

En novembre 2015, Steve Huffman, le jeune PDG de Reddit s'est offert une opération laser aux yeux. Non pas par coquetterie, non pas par nécessité médicale, mais bien parce que dans le cas où la société en viendrait à s'effondrer, il pense que ne pas avoir à se préoccuper de lunettes ou de lentilles de contact lui assurera de meilleures chances de survie. Huffman est ce que l'on appelle un survivaliste: il veut être prêt pour l'apocalypse, savoir que faire quand le gouvernement répondra aux abonnés absents et que les structures sociales s'effondreront. Il a tout prévu. Des yeux de lynx, donc. Mais aussi une maison qui peut se transformer en forteresse. Des flingues. Des munitions. Suffisamment de nourriture pour tenir un siège. Et des motos. Pour s'échapper, au cas où les gueux affamés et/ou en colère parviendraient tout de même à déjouer son système de défense domestique.

Un très récent et très hallucinant article du New Yorker nous apprend que Steve Huffman est loin d'être le seul à flipper de la sorte dans son domaine et dans sa catégorie sociale. Les survivalistes sont généralement présentés comme des hommes des bois plus ou moins nazis, qui mangent du cerf à peine cuit et passent un temps dingue à astiquer leurs gros pistolets. The New Yorker nous apprend donc que chez les riches, on se prépare tout autant à la Madmaxerie. Le papier nous présente ainsi Antonio García Martínez, un ancien product manager de chez Facebook qui s'est acheté des parcelles d'une île isolée de la côte Pacifique Nord et y a fait construire des baraquements paramilitaires. L'apocalypse venue, García Martínez entend y abriter une milice et il ne devra pas chercher loin pour recruter. Nombre de ses collègues et amis de la Silicon Valley sont partants, s'entraîneraient déjà eux aussi à la survie, tous conscients de vivre actuellement sur une "couche de glace très mince" sous laquelle gronde la barbarie. The New Yorker tresse encore le portrait de quelques autres riches pétochards du genre. L'un épargne en bitcoins, au cas où l'argent n'aurait soudainement plus aucune valeur. Un autre a continuellement des sacs à portée de main, au cas où il faudrait soudainement décamper. Pas trop porté sur les flingues, un troisième a plutôt appris à tirer à l'arc et à l'arbalète. Dans son quartier, il a aussi caché de l'eau et de la nourriture. Les moins portés du lot sur un scénario à la The Road bénéficient quant à eux plutôt d'une "assurance apocalypse". Autrement dit, ils ont acheté quelques étages de bunkers dans des anciens silos de missiles nucléaires démilitarisés du Wisconsin. Ou une villa en Nouvelle-Zélande, pays réputé pourvoir continuer à fonctionner quand le reste du monde part en sucette et qui n'a par ailleurs connu le terrorisme que lorsque les services secrets français ont coulé le Rainbow Warrior, en 1985.

Humongous, pas esclave

Il y a de quoi rire, se moquer même. D'autant qu'Huffman explique bien dans l'article que son flip n'est pas né du terrorisme ou de la situation politique mais de la vision du film Deep Impact, navet catastrophe de 1998 où une comète géante détruit partiellement le monde. Autre garantie de LOL: Huffman, qui n'a pourtant rien d'un Humongous à voir ses photos sur Google, semble certain qu'il pourrait faire un très bon leader post-apocalyptique et ne sera de toutes façons "pas esclave quand tout aura pété", ce qui n'arrivera forcément qu'à ceux ne s'étant pas préparés. Le PDG est sinon encore persuadé que l'activité des gens sur les médias sociaux annonce les crises et donc, puisqu'on parle aujourd'hui vraiment beaucoup d'écroulement de la société et de révoltes massives, ça finira forcément par arriver (note à l'éditeur: pensez-vous que je devrais encore plus souvent parler d'augmentation sur Facebook?).

Comme le pointe The New Yorker, ce n'est pas tant que ces gens sont cinglés. C'est plutôt que le survivalisme est désormais mainstream. Ca cartonne à la télé, ça cartonne sur Internet. La gestion désastreuse de l'ouragan Katrina a marqué les consciences. La crise financière aussi. Et l'éveil du peuple surtout. Les riches survivalistes s'étant confiés au New Yorker semblent en effet moins craindre une apocalypse nucléaire qu'une sorte de remake américain de la révolution russe. Autrement dit, le moment où l'on va tout reprendre aux riches. Ou même les rependre. Il arrive peut-être, ce moment. Et on peut penser qu'ils l'auront bien cherché.

Dans l'article, certains riches qui voient le survivalisme comme une grosse couillonnade estiment en effet que tout cela est aussi stupide que révoltant, tout en croyant eux-mêmes à la possibilité d'une révolte populaire massive dans les années à venir. Mais plutôt que de se préparer à décamper ou à s'entraîner à tuer du crevard pour protéger leurs enfants, eux, tentent d'éviter cette lutte finale. En investissant notamment dans le social et l'éducation ce qu'ils pourraient claquer dans les bunkers privés, les armes et les caches de raviolis. Ceux là pensent qu'au fond, la société moderne est peut-être beaucoup moins fragile qu'on ne le pense, aussi beaucoup plus résiliente que portée sur la violence. On a survécu à la pire crise financière depuis la Grande Dépression avec quelques hématomes mais sans trop de morts. On gère les pandémies virales avant qu'elles ne dégénèrent réellement. On a gardé la tête plutôt froide à Fukushima. Autrement dit, plutôt que de se conforter dans l'idée que lorsque ça va mal, ça ne peut aller qu'en empirant, pourquoi ne pas au contraire prendre les problèmes à bras le corps, histoire que cela aille mieux, se demandent certains, à qui on ne peut que donner raison. C'est que Donald J. Trump fuyant Washington tout seul à moto avec son arbalète reste encore la meilleure chute possible à toute cette merde.

Nos partenaires