Julien Broquet
Julien Broquet
Journaliste musique et télé
Opinion

25/01/13 à 16:11 - Mise à jour à 16:11

Song of anarchy

En menaçant son Premier ministre David Cameron, Thom Yorke attire l'attention sur la récupération d'oeuvres artistiques à des fins politiques.

La chronique de Julien Broquet

"Je ne peux pas dire que j'aime l'idée qu'un banquier... ou David Cameron apprécie notre musique, déclarait récemment Thom Yorke au mensuel britannique Dazed and Confused. Je ne peux pas croire qu'il aime beaucoup King of Limbs (le dernier album de son groupe, ndlr). Je pense également que tout le monde s'en fout. Et moi aussi tant qu'il ne l'utilise pas pour ses campagnes. Si c'est le cas, je le poursuivrai."

À première vue anecdotiques, ces quelques propos tenus par le leader de Radiohead (Marr et Morrissey avaient déjà en 2010 interdit à leur Premier ministre de clamer qu'il aimait les Smiths) mettent le doigt sur un vrai problème: la récupération politique et sauvage de la musique. Et par corollaire le détournement sans vergogne d'intentions artistiques au profit de discours idéologiques.

Keane en a fait les frais en 2010 lorsque sa chanson Everybody's Changing s'est retrouvée utilisée dans un meeting conservateur. "Je suis horrifié. Je ne voterai pas pour eux", avait (r)assuré son batteur Richard Hughes. Et il n'y a pas que de l'autre côté de la Manche que ça se passe. En France, le groupe de rock Clara Clara s'est plaint auprès d'Europe Ecologie-Les Verts parce qu'une de ses chansons avait été utilisée sans autorisation dans des meetings d'Eva Joly. Clara Clara a été défendu par maître Wekstein, l'avocate de MGMT, dont le morceau Kids avait été utilisé à plusieurs reprises trois ans plus tôt dans des meeting de l'UMP sans l'accord du duo californien. Le parti de Sarkozy s'en était sorti avec une amende de 30.000 euros. Sans doute de quoi relativiser.

Apolitique

Anthony Gonzales alias M83 a un jour "découvert avec horreur que le Front national utilisait Midnight City dans l'une de ses vidéos de campagne". "Ils l'ont fait sans mon autorisation, et je suis consterné par leur manque de respect artistique. Le minimum est de demander à l'artiste s'il est d'accord ou non d'être associé à une image ou une marque. D'une manière générale, la musique de M83 est apolitique et je refuse d'être associé à un quelconque parti, tout particulièrement le Front National..."

Alain Vizier, le responsable de presse du FN, faisait remarquer que l'auteur de la capsule était un particulier et n'avait aucun lien avec le parti de Marine Le Pen. C'était tout de même un caméraman régulier de jeunesavecmarine.fr, le site des jeunes lepénistes.

Une conclusion? Les politiciens, à tout le moins leurs équipes de com, ont plutôt bon goût à défaut de connaître la législation sur le droit d'auteur. Un comble pour la juge d'instruction Joly.

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