Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

18/03/13 à 15:10 - Mise à jour à 15:10

Sauvez Jimi

Va-t-on enfin laisser reposer Hendrix 42 ans après sa mort? La demi-soeur de Jimi pense que non et propose un autre album d'"inédits", People, Hell and Angels, totalement dispensable.

La chronique de Philippe Cornet

Avant le retour hologrammique de Jimi, les fans hardcore de la fulgurante icône (1942-1970) patienteront avec cette nouvelle livraison discographique. Pas sûr vu que la commercialisation outrancière de l'héritage hendrixien pue franchement du boyau. Pour rappel, de son vivant, le guitariste de Seattle sort trois disques: Are You Experienced, Axis: Bold as Love et Electric Ladyland. Paru entre mai 1967 et octobre 1968, ce trio-là ordonne la grand-messe: blues cryptonisé, chant vaudou et guitare sidérale modifiant pour toujours l'ADN de l'instrument. Un quatrième LP, enregistré avec d'autres musiciens, est édité de son vivant, au printemps 1970 (Band of Gypsys). Cinq mois après sa mort londonienne -overdose supposée de barbituriques-, sur les senteurs d'un trauma frais, paraît The Cry of Love, premier des albums posthumes de Hendrix. La "nouvelle" chose discographique, People, Hell & Angels (Sony Music) est la douzième du genre (...): ni les Beatles, ni Jeff Buckley, ni Elvis, n'ont bénéficié d'un tel travail de fossoyeur ou d'archiviste, selon le point de vue -et l'album- adopté. Et là, on ne comptabilise pas les innombrables live et autres bootlegs semi-clandestins d'une disco totalement chaotique. Si certaines sorties sont historiquement et musicalement défendables (First Rays of New Rising Sun, 1997), le procédé d'exhumation et de "réarrangement" des bandes originales dépasse aujourd'hui les limites de l'entendement. Pas celles du commerce. L'écoute de People, etc. -davantage une collection de jams que de chansons structurées-, dispensable à de très rares exceptions près (Mojo Man, pour les cuivres), n'a ni le son, ni la claque émotionnelle, ni le rendu des "vrais" albums de Hendrix. Pire: le disque sonne comme l'arrière-ban d'une gloire défraîchie, un truc, au fond, plutôt démodé.

Kramer avec Kramer

Il faudrait quelques pages pour détailler la genèse de la gestion hendrixienne après sa mort mais depuis 1995, c'est la demi-soeur adoptée de Jimi, Janie, qui mène les opérations au sein d'Experience Hendrix LLC. Si la compagnie a arrêté la "reconstruction" entreprise dans les années 70 par le producteur Alan Douglas -qui fit venir des musiciens studio pour overdubber les prises...-, elle n'a pas hésité à puiser dans les quelque 1500 heures d'enregistrements réalisés par Hendrix, principalement dans les deux dernières années de sa vie où il cherchait de nouvelles formes à son space-rock acide. D'où d'interminables jams, souvent défoncées, avec amis et musicos passants. Pour gérer cet océan sonore, Janie Hendrix s'est associée à l'archiviste John McDermott et au très prétentieux (on l'a rencontré) Eddie Kramer, producteur de plusieurs albums posthumes, ayant aussi participé à l'élaboration des Electric Lady Studios de Jimi. Suite à la parution de People, Hell and Angels, Monsieur Kramer a déclaré qu'il pourrait bien s'agir du dernier album du genre: sursaut de lucidité un peu tardif à notre goût.

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