Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

04/02/13 à 15:15 - Mise à jour à 15:15

Rififi chez Bilili

Dans le split du groupe congolais Staff Benda Bilili, se retrouvent aussi des rumeurs de mauvais film post-colonial mêlant argent, gloire et fantasmes.

La chronique de Philippe Cornet

"Ils ont même prétendu que je ne les avais pas payés de toute l'année 2012. J'ai là tous les reçus de paie de chacun des huit musiciens sur la dernière tournée. Et, franchement, connais-tu un seul groupe qui tournerait des mois sans recevoir de cachet?" C'est peu dire que le Bruxellois Michel Winter, manager de Staff Benda Bilili depuis les débuts, est défait. À la fois fâché et attristé qu'une telle aventure se termine -provisoirement?- en eau de boudin caractérisée, la tournée de printemps 2013 étant annulée et la suite des événements restant incertaine. Pour rappel, le Staff, issu des rues désoeuvrées de Kinshasa, comptant en ses rangs plusieurs victimes de la polio, a créé le buzz avec l'album Très très fort paru au printemps 2009 et un documentaire consacré au groupe l'année suivante. "Ricky, le leader du groupe, est un vrai Mobutu, s'emporte Winter, il agit comme s'il ne voulait pas comprendre, par exemple, qu'en France, les charges sociales et fiscales doublent le salaire déclaré, soit 400 euros par concert pour les musiciens, 600 pour Ricky. Les choses se sont dégradées lors des deux dernières années avec l'apparition d'un de leurs compatriotes, Maurice Ilunga, fonctionnaire en région parisienne, qui les a persuadés de monter une ONG à Kinshasa -dont le compte en banque est géré par lui en France- et de devenir leur manager." Winter, dont la réputation est plutôt à la probité -"Je prends entre 15 et 18% du cachet, selon le succès de la tournée, et mes comptes sont disponibles"- a d'abord accepté, comme le tourneur français du groupe, Yorrick Benoist de Run Productions, que le Staff fasse l'un ou l'autre concert en dehors de leurs accords habituels, afin de subsidier la fameuse ONG congolaise.

Parfum de split

"Le gros couac, précise Winter, est survenu fin 2012 lorsque le groupe qui avait accepté six concerts en Guyane et aux Antilles, supervisés par Maurice Ilunga, s'est retrouvé sans un sou, sur un parking d'hôtel de la Martinique. Ils avaient accepté de travailler avec un promoteur local qui nous devait déjà 9000 euros d'une tournée précédente et qui les avait simplement laissé tomber... Le Staff a été hébergé par un maire local compatissant qui s'est aussi débrouillé pour les rapatrier à Kinshasa." Sur ce, Winter demande au groupe une discussion de fond en décembre 2012, dans le contexte de deux concerts "extrêmement bien payés, 40.000 dollars" par l'opérateur Orange qui s'installe en RDC. "Avant le second concert à Lubumbashi, Ricky et deux autres membres du groupe, Kabossé et Cavalier, m'ont littéralement couvert d'insultes, me traitant d'escroc, disant que j'étais comme les coloniaux belges frappant les Noirs à la chicotte. C'est oublier un peu vite que je suis français." Winter sourit -à peine-, la tournée de printemps du Staff est annulée, et deux de ses musiciens emblématiques, Coco et Théo, veulent continuer, sans Ricky, "un dictateur", mais avec Winter. Oui, le méchant colon même pas belge.

Nos partenaires