Julien Broquet
Julien Broquet
Journaliste musique et télé
Opinion

10/03/13 à 14:38 - Mise à jour à 14:38

Oscar présidentiel

Le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis se joue aussi à Hollywood. L'Oscar remis par Michelle Obama à Argo fait grincer des dents dans les barbes.

La chronique de Julien Broquet

L'Oscar du meilleur film étranger décerné au drame iranien Une séparation l'an dernier n'aura offert qu'une courte trêve. Le torchon brûle à nouveau entre Hollywood et l'Iran. En 2007, le péplum de Zack Snyder 300 qui présentait les Perses comme particulièrement sanguinaires dans la Bataille des Thermopyles, avait déjà fameusement irrité les Iraniens. L'Oscar du meilleur film remis par Michelle Obama à Ben Affleck pour Argo en "direct live" de la Maison Blanche vient récemment de remettre un peu d'huile sur le feu.

Sorti en novembre sur les écrans belges, Argo s'inspire de la prise d'otages dans l'ambassade américaine à Téhéran qui a marqué, en 1979, les débuts de la République islamique d'Iran et ses relations conflictuelles avec les Etats-Unis. Selon l'agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, corps d'élite iranien, Argo est un "film anti-Iran" financé par "une entreprise sioniste". Comprenez la compagnie de production Warner Bros. Le fait que la première dame américaine -rhabillée par le média avec un bon vieux Photoshop histoire de lui couvrir les épaules et de cacher ses hauts de seins que les Iraniens ne sauraient voir- se soit chargée de lui décerner à distance la statuette suscite forcément des vagues de colère.

"Produire des films politiques anti-iraniens et les récompenser est un signe clair que politique et art sont mélangés aux Etats-Unis", a commenté l'ayatollah Ali Khamenei qui avait déjà accusé Hollywood d'être une machine totalement politique destinée à propager le message de Washington.

What else...

Les relations entre Hollywood et le bureau ovale ont toujours suscité des questions mais la présence de Dame Obama à la grand-messe du cinéma, ce que n'ont pas manqué de moquer sur la toile des milliers de républicains, est tout sauf un événement. En 41, Franklin Delano Roosevelt s'était déjà adressé au public des Oscars via la radio. Et 40 ans plus tard, en 1981, Ronald Reagan, ancien acteur, avait enregistré un message de bienvenue depuis la Maison Blanche. Michelle n'est même pas la première femme de président à avoir mis son nez aux Oscars. En 2002, Laura Bush avait participé à une vidéo préenregistrée diffusée en début de cérémonie. Et les Obama sont assurément des cinéphiles plus avertis que le gros George W et sa femme. En attendant, les coïncidences jettent parfois le doute, le trouble et les soupçons. Barack Obama avait organisé en mai 2012 une soirée de levée de fonds dans la demeure hollywoodienne de George Clooney, un des producteurs d'Argo. Et il s'en serait retourné avec une valise de 15 millions de dollars. De quoi réveiller les théoriciens du complot et de la paranoïa. A Téhéran comme ailleurs.

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