Michael Edwards, un "British" à l'Académie française

23/05/14 à 11:39 - Mise à jour à 11:39

Source: Belga

"En m'ouvrant la porte de votre illustre Compagnie, vous accueillez en votre sein bien pire qu'un étranger: un Anglais !". Avec brio et humour, Michael Edwards, premier "Immortel" venu d'outre-Manche, a fait jeudi à Paris ses premiers pas comme nouveau membre de l'illustre Académie française.

Michael Edwards, un "British" à l'Académie française

Michael Edwards © AFP

Poète, critique littéraire et traducteur, cet écrivain franco-britannique a écrit une grande partie de son oeuvre dans la langue de Molière. Parfaitement bilingue, marié à une Française, docteur de l'université de Cambridge, Officier de l'Empire Britannique (Order of the British Empire, OBE) et Chevalier anobli par la reine Elizabeth II, Michael Edwards avait revêtu l'habit vert des Académiciens, avec épée de cérémonie au côté.

"Le geste pourrait sembler imprudent à une époque où le vrai anglais universel, ainsi que la mondialisation d'un faux anglais rabougri et bizarrement accoutré, menacent la langue française que vous avez pour mission de sauvegarder", a-t-il poursuivi. "C'est un séisme, une révolution, un Anglais à l'Académie! ", a renchéri avec malice l'écrivain Frédéric Vitoux en prononçant le discours de réception de Sir Michael.

"Je suis très heureux de devenir académicien et mes compatriotes anglais sont très fiers. Un 'British' a forcé les portes de l'Académie française ! C'est une sorte de victoire pour les Anglais ! ", avait récemment confié l'heureux élu. "La Reine m'a anobli en partie à cause de ça. Et Elizabeth II va m'adouber en juin à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris, à l'occasion de sa visite en France pour les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement".

Ce spécialiste de Shakespeare, Racine et Rimbaud avait été candidat à trois reprises à l'Académie. En 2002, il a aussi été le premier Britannique élu au prestigieux Collège de France, où, par un juste retour des choses, il a fait entrer l'auteur de "Hamlet".

"J'ai poussé l'extravagance jusqu'à choisir d'écrire pour l'essentiel en français", a rappelé jeudi le poète né à Barnes, près de Londres, le 29 avril 1938, d'une mère de lointaine ascendance normande et d'un père on ne peut plus anglais. Michael Edwards a passé sa vie entre la France et l'Angleterre et bénéficie de la double nationalité.

Michael Edwards utilise dans son oeuvre poétique le français et l'anglais, parfois les deux dans un même ouvrage, comme dans "Rivage mobile". Il s'est toujours efforcé de créer des passerelles entre lettres françaises et anglaises, de Shakespeare à Racine, de créer des liens entre les deux langues et les deux cultures.

Le nouvel "Immortel" a déniché son épée de cérémonie chez un armurier. "Elle a été fabriquée rue de Richelieu, à Paris. On ne pouvait rêver mieux: l'Académie a été fondée en 1635 par Richelieu et c'est à la BNF (Bilbiothèque nationale de France), située dans cette rue, que j'avais terminé ma thèse sur Racine", raconte-t-il. Il y a fait graver le nom de jeune fille de sa mère, forme anglicisée d'un nom normand et plusieurs devises.

"Les Britanniques aimeraient avoir aussi une institution qui défende la langue anglaise, notamment contre les américanismes", assure-t-il. L'Académie française, chargée de veiller au respect de la langue française et d'en composer le dictionnaire, accueille parmi ses 40 fauteuils, quand elle est au complet, romanciers, philosophes, dramaturges, des personnalités comme Simone Veil, et des scientifiques. Ceux-ci sont appelés "Immortels".

Michael Edwards a enseigné le français, l'anglais et la littérature comparée à l'Université de Warwick jusqu'en 2002 après une thèse sur Racine et quatre années passées en France (1961-1965). Il a occupé la chaire d'Étude de la création littéraire en langue anglaise au Collège de France jusqu'en 2008.

Auteur de nombreux ouvrages, il a publié récemment "L'Étrangeté" (Editions Gallimard, 2010), "Le Bonheur d'être ici" (Fayard, 2011) et, en 2012, "Le Rire de Molière" (de Fallois) et "Paris Aubaine" (Courlevour).

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