Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

23/03/12 à 11:23 - Mise à jour à 11:23

Lady Gogo?

Après une ultime interview dans l'émission star d'Oprah Winfrey, Lady Gaga promet un long silence médiatique, soit l'annulation potentielle de son fonds de commerce.

La chronique de Philippe Cornet

Elle porte un téléphone sur la tête, vieux cadran noir qu'on peut voir dans les films d'après-guerre. Le bidule domine une permanente blonde d'où pendouille une mèche rosée: ce grotesque extériorisé est parfaitement dans la lignée de la surenchère visuelle maintenue par Stefani Joanne Angelina Germanotta -Lady Gaga- depuis bientôt quatre ans. Le fait que ce look soit celui d'une des huit statues inaugurées par le Madame Tussaud londonien fin 2010 ne change pas grand-chose: en cire ou vivante, la Lady a décidé, depuis la sortie de son premier album à l'été 2008, de surjouer la garde-robe de Barbie qui aurait les chaussures d'Imelda Marcos, les chapeaux d'Elvis Pompilio -le tout version top délire- et le sens de la promo de Madonna. Comme cette dernière, la Lady a des racines italiennes et joue la carte de la Fame -titre de ses débuts discographiques- comme si la gloire promise était plus qu'un objectif: le moteur même de sa surexposition permanente, son Saint-Suaire perso, son point G. Comme Gaga.
On fait partie des gens que cette tornade maladive d'attirails supposés détonants -la robe à bulles, la nonne de cuir, l'ensemble Kermit Muppet- laisse plutôt froids, trouvant que tout cela évoque davantage une interminable campagne de pub pour des couturiers criards qu'une créativité "marrante". L'apparition de la robe en bidoche aux MTV Video Awards de 2010 confirmant que la Lady, c'est à la fois du lard et du cochon. Qui paie puisqu'on en est à une vingtaine de millions d'albums et trois fois plus de singles vendus en moins de quatre ans, plus vingt millions de suiveurs sur Twitter!

Maman Germanotta

Ce 18 mars, chez Oprah Winfrey, papesse du talk-show confessionnel américain, la Lady a pourtant annoncé son tout prochain retrait des médias, coupant inopinément le robinet à interviews. Les cheveux longs et jaunes, un ensemble satin rouge vif, elle évoque plus une coiffeuse du Queens endimanchée qu'une protagoniste post-moderne des années 2000. Son discours est du même tonneau: vouloir un mari et de nombreux enfants. On suppose qu'elle a déjà la maison au double garage et le barbecue full options. Dans le show TV, on voit aussi maman Germanotta, même nez imposant, même bouche pleine de grandes dents -dans la famille, big is obviously beautiful-, qui raconte les débuts scéniques de la gamine, au Joe's Pub new-yorkais. Sa fille avait eu la bonne idée de mettre le feu à de la laque à cheveux et "Son père et moi avons pensé qu'elle avait pété un câble". Si, comme elle le prétend, la Lady ne parle plus à la presse, laisse tomber les robes à thèmes lourds, se balade sans théâtre et gardes du corps, que restera-t-il d'elle à la veille de ses 26 ans, ce 28 mars? Un potage zen? Il est plausible qu'une nouvelle fois, Gaga nous prenne pour des gogos regrettant la non-apparition de la robe-hélicoptère voire de cette robe-porte-avions avec laquelle elle aurait pu refaire un beau tour du monde tout glamour.

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