L'oeuvre de la semaine: Les forêts bleues

29/11/14 à 10:51 - Mise à jour à 10:51

Source: Le Vif/l'express

On pénètre dans les forêts peintes par le Chinois Zhu Xinyu malgré soi. Le recul s'impose vu la taille monumentale des oeuvres mais est-ce le bleu, est-ce la perspective, nous voici bientôt happés et submergés par cette étrange nature nocturne et inquiétante.

L'oeuvre de la semaine: Les forêts bleues

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Il n'y a aucun scénario proposé sauf cet étrange malaise qui rampe jusqu'à nous et nous attire vers les fonds. A l'avant-plan, un sol marécageux, parfois une mare d'eau stagnante à peine réveillée par quelques reflets glauques. Peut-on traverser cette surface et rejoindre les lueurs au-delà ? Mousses et lichens troublent les frontières et recouvrent troncs et branches gisant aux alentours. Avant d'atteindre les blancheurs presque éblouissantes, il nous faudra choisir un des deux chemins. La peinture est légère, presque immatérielle. Elle convoque les transparences et les effets d'aquarelles. Quant à la composition, elle use d'une double perspective inversée qui contrarie la recherche d'un point de fuite. On le ressent, cette plongée en avant est une marche vers l'infini tant la forêt compte d'arbres fragiles et si hauts qu'ils bouchent toute trouée vers le ciel. En outre, par la disposition de cette végétation, le regard se perd. On aimerait construire une direction, rejoindre un but. On n'y arrive pas. Dans la peinture ancienne, un seul peintre a réussi à provoquer ce trouble : Paolo Ucello (XVe siècle florentin). Dans "La Chasse d'Oxford", des chasseurs et leurs chiens poursuivent les animaux mais plus on fixe la composition, plus elle se dérobe à la raison. C'est que le peintre florentin du XVe siècle, habile à jongler avec les nouvelles possibilités offertes par la conquête de la perspective géométrique, s'en sert pour déréaliser le monde en provoquant une brèche dans les certitudes. De la même façon, gageons que le Zhu Xinyu fait de même face à l'ordre de l'idéologie chinoise.

  • Bruxelles, Galerie Paris-Beijing. 66, rue de l'Hôtel des Monnaies. Jusqu'au 10 janvier. Du Me au Sa de 11 à 19h. www.galerieparisbeijing.com

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