Julien Broquet
Julien Broquet
Journaliste musique et télé
Opinion

21/09/12 à 14:00 - Mise à jour à 14:00

Joey Starr fait l'ourson

L'ancien bad boy du rap français prête sa voix à un ours en peluche dans la version française de "Ted". Et de raviver un débat: peut-on bien vieillir dans le hip hop?

Joey Starr fait l'ourson

© DR

La bestiole a beau aimer se jeter des bières, sauter sur les petits culs et fumer de la ganja, le film être irrévérencieux et interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux Etats-Unis, il y a quelque chose de bizarre à écouter Joey Starr faire causer un ours en peluche (Ted) dans la VF d'une comédie hollywoodienne. Puis aussi à le voir interpréter un joueur de foot avec une coupe de cheveux à la Fellaini dans Les seigneurs. Un long métrage d'Olivier Dahan (Les rivières pourpres 2, La môme) au casting bling bling: José Garcia, Gad Elmaleh, Franck Dubosc, Ramzy (sans Eric) et Omar (sans Fred). Depuis un bout de temps déjà, Joey Starr, le mec qui niquait ta mère et la police, faisait des touchettes au cinéma et le cinéma faisait des touchettes à Joey Starr. Le lascar déconnait déjà dans La Tour Montparnasse infernale (2000) et essayait des gourdins dans Rrrrrrr!!! (2004), la comédie pas très drôle de Chabat. Mais c'est son ex, Maïwenn, avec Le bal des actrices et Polisse, préparé pour sa sortie de prison (où il a écrit Egomaniac, son dernier album), qui lui a ouvert les portes d'une reconversion.

Shit pourri

Les premiers pas, feutrés, du rappeur parisien dans le septième art, c'était en 1991. La voix d'Ice-T dans New Jack City, film de gangs signé Mario Van Peebles. Les deux "truands" font ce qu'ils veulent de leur gun, leur gueule et leur gouaille mais leur parcours alimente un débat et pose question. Peut-on prendre des rides, des cheveux gris et du bide dans le rap? Peut-on conserver sa street credibility quand on crèche dans une villa de Beverly Hills (bon d'accord, Didier Morville vit apparemment dans une ancienne boîte à partouze, mais ça a quand même dû lui coûter bonbon)? Puis peut-on encore gueuler "Assassin de la police" à 40 piges sans passer pour un connard irresponsable qui a oublié de grandir et de s'acheter quelques neurones avec tout le fric que lui a rapporté son business?

C'est dur en tout cas de se dépêtrer de discours et d'attitudes hérités de l'adolescence. Trop vite, le hip hop de vieux sonne faux. Souvent, il sent le shit tout pourri que ces mecs fumaient et/ou vendaient à seize ans. "Putain, c'est pas du rap, c'est de l'encens..." Vies d'adultes, paroles d'ados... Certains tombent dans l'excès inverse et te feraient bien la morale. Que ce soit à travers leurs textes ou en incarnant un flic dans un feuilleton TV genre New York Unité Spéciale. Hein m'sieur T glacé?

En France, Booba et Sinik jurent et crachent qu'ils arrêteront avant de devenir pathétiques (il est pas déjà trop tard?) tandis que les mecs de NTM et d'IAM essuient les plâtres. Premiers quadras du rap. Drôles de cobayes emprisonnés dans le grand sablier. Doivent-ils s'adresser aux jeunes? Leur musique intéresse-t-elle encore les vieux? Pendant qu'on y réfléchit, la comédie Ted a déjà engrangé 395 millions de dollars de recettes. Elle déboulera sur les écrans belges le 10 octobre.

Nos partenaires