Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

01/04/11 à 11:37 - Mise à jour à 11:37

Guerre et paix

La catastrophe japonaise doublée de la guerre en Libye vampirise l'info télé, renvoyant la fusillade contre Wyclef Jean et le prochain concert historique de Bob Dylan au Vietnam au rayon des chiens écrasés.

Guerre et paix

© EPA

Par Philippe CORNET

En ce début de printemps, la situation nippone semble éviter un scénario tchernobylesque sans qu'on puisse écarter un gros doute radioactif déferlant sur le Japon et plus, si affinités météos. Côté libyen, Kadhafi affronte l'intervention tardive des Nations Unies et peut-être réécoute-t-il Mariah Carey en se rappelant le bon vieux temps des concerts privés à un million de dollars. A moins que dans sa tente-bunker esseulée, il ricane en zieutant sur YouTube la parodie d'Hitler au téléphone avec John Galliano, l'homme qui, éméché, aime moyennement les Juifs.

Pendant ce temps-là, le téléspectateur mondial s'agglutine devant cette symphonie d'images catastrophe "plus-fortes-que-la-fiction". Le bateau sur la maison ou la ville pulvérisée en allumettes sales? Trop fort. Côté jeux vidéo, on aurait adoré surfer sur cette incroyable bande annonce gratos (un rêve de marketing) mais Sony a quand même décidé de mettre son MotorStorm: Apocalypse au frigo (en tout cas au Pays du soleil levant) pour quelques semaines. Irem Software, autre compagnie japonaise, annonce, elle, l'arrêt du développement du prometteur SOS: The Final Escape 4 où il s'agissait de sortir vivant d'une catastrophe naturelle. Pas par compassion morale (...) mais par souci d'une presse tatillonne qui ne manquerait pas de dénoncer le caractère légèrement mercantile de l'affaire.

Visite tonkinoise

Du coup, la chose pop/rock est renvoyée aux oubliettes de l'info télévisée dont elle ne sort de toute façon qu'en cas de mort de superstar ou de scandale ultime, de préférence mélangés (cf. Michael Jackson). Pourtant, l'actu musicale est nourrie de deux événements aux ramifications politiques d'envergure. Le premier concerne le rappeur Wyclef Jean, canardé le 20 mars dans les environs de Haïti. Il s'en tire avec une blessure à la main et une question sur l'identité des assaillants. Pour rappel, Wyclef Jean s'est porté à la candidature de la présidence de Haïti à l'été 2010 avant d'être déclaré inéligible parce qu'il n'a pas résidé dans le pays ces cinq dernières années. Bien qu'on ne comptabilise pas des masses d'autres chanteurs concourant à une présidentielle, le silence TV est à l'honneur.

L'autre barnum muet, c'est le tout prochain concert de Bob Dylan le 10 avril à Hô-Chi-Minh-Ville, ex-Saïgon, là même où, le 30 avril 1975, les derniers hélicoptères US fuyant le toit de l'ambassade signaient la plus humiliante défaite militaire jamais encaissée par les Etats-Unis. Bien qu'il ait toujours nié être un "chanteur politique" (quel humour, ce Bob), Dylan a incarné d'une façon cosmique l'idée d'une révolte sixties viscéralement anti-guerre du Vietnam. La visite tonkinoise du barde misanthrope, 70 piges en mai, mérite d'autant plus d'être étayée et analysée qu'on n'imagine pas Mariah Carey venir chanter à Tripoli dans 40 ans pour le prochain pouvoir libyen. Mais elle n'avait juste pas choisi le bon camp.

Philippe Cornet

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