Philippe Cornet
Philippe Cornet
Journaliste musique
Opinion

16/01/12 à 15:07 - Mise à jour à 15:07

Budget des ménages

Jay-Z et Kanye West embauchés pour jouer à l'anniversaire -privé- d'une fifille à Sheikh. Cela s'appelle un "ménage", dans ce cas-ci facturé 6,2 millions de dollars...

La chronique de Philippe Cornet

Le Sheikh Mansour bin Zayed bin Sultan Al Nahyan sait être généreux. Politicien et homme d'affaires, proprio du club Manchester City, ce membre d'une famille régnante d'Abu Dhabi a offert, 2 semaines avant Noël, un peu plus de 6 millions de dollars (4,82 millions d'euros) à Z et West pour se produire au 16e anniversaire de sa nièce. Paie royale raccord aux 2 protagonistes du bien nommé Watch The Throne. La période des fêtes semble propice aux chèques de sheikhs: Coldplay a perçu une misère d'1,2 million d'euros pour un show destiné au Prince Mohammed bin Zayed Al Nahyan, parent du Mansour précité, également de la famille royale d'Abu Dhabi. Un Etat du Golfe à l'échelle 7 (sur 10) en matière de conservatisme religieux et de consommation d'alcool, celle-ci étant réservée aux lieux privés et aux non-musulmans. Le concert de Coldplay donné le 31 décembre au Volvo Ocean Race est entre le ménage non avoué et le vol à l'étalage de fans riches, le ticket s'achetant à un peu plus de 5 100 euros... Sans doute frustrés par cette vulgaire gabegie moyen-orientale, les Red Hot Chili Peppers ont donné une soirée de Nouvel An punk-funk chez un autre champion du bling-bling assumé: le milliardaire russe Roman Abramovich. Le montant de la donation faite aux anciens camés californiens reconvertis en gentlemen bios n'a pas été publiquement débattu, mais le budget de la soirée privée tenue à Saint-Barth', oui: 6 millions d'euros.

Footrement désintéressés

A ce stade-ci de la comptabilité, on hésite entre l'incrédulité énervée et un léger arrière-dégoût, notant au passage qu'Abramovich, 53e fortune mondiale, est, tout comme le Sheikh Mansour, propriétaire d'un club de Premier League anglaise, en l'occurrence Chelsea. Ces musiciens rock ou rap, déjà ultra riches, ont-ils aussi peu de conscience sociale -pardon pour le mot- que, au hasard, les footballeurs? On pense à Sting qui, début 2010, perçoit entre 1 et 2 millions de livres pour un concert semi-privé donné en l'honneur de Gulnara Karimova, fille d'Islam Karimov, despote (strictement) non éclairé d'Ouzbékistan. Non, le pourfendeur des pluies acides en Amazonie, partisan fiévreux de Mandela, titulaire d'un matelas perso estimé à 150 millions de livres, n'a pas senti que cet argent-là avait un parfum rance. Cristiano Ronaldo, le second footballeur le mieux payé au monde, a également visité la fille du chef ouzbek -réputé pour avoir fait bouillir vivant quelques opposants- à la même période que Sting: madame Karimova étant aussi propriétaire du plus important club de foot national, le Bunyodkor. Là où l'ancien entraîneur de Chelsea, Luiz Felipe Scolari, a passé la saison 2009-2010 contre la somme de 16 millions de livres. Ce que la paire blinquante Jay-Z et Kanye West gagne en 4 soirées d'anniversaire au Golfe...

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