Woody Allen, viol et silence de la presse: Cannes tremble

12/05/16 à 11:38 - Mise à jour à 16:18

Source: Afp

Dans une tribune, le fils de Woody Allen dénonce le silence sur les accusations d'agression sexuelle contre son père, tandis que Laurent Lafitte vanne le réalisateur sur le sujet et gagne le titre d'"homme le plus couillu de Cannes".

Woody Allen, viol et silence de la presse: Cannes tremble

Woody Allen et son épouse Soon-Yi Previn, qui n'est autre que la fille adoptive de son ex-femme, Mia Farrow. © AFP/Alberto Pizzoli

Des accusations d'agression sexuelle contre Woody Allen ont ressurgi en plein Festival de Cannes alors que le réalisateur américain de 80 ans était la star du tapis rouge avec son dernier film Café Society. Jeudi, Woody Allen a rappelé qu'il avait "déjà tout dit" sur cette affaire, lorsqu'elle avait fait scandale en pleine saison des Oscars en 2014.

Le coup est parti mercredi de l'autre côté de l'Atlantique, via une tribune au vitriol de son propre fils, le journaliste Ronan Farrow, puis s'est invitée au Palais des festivals, en pleine cérémonie d'ouverture, via un trait d'humour ambigu.

"Il y aura des conférences de presses, et un tapis rouge que mon père va fouler avec sa femme (ma soeur) (Soon-Yi Previn, NDLR). Il va avoir ses stars à ses côtés - Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carell, Jesse Eisenberg. Ils peuvent faire confiance à la presse pour ne pas leur poser de questions dérangeantes. Ce n'est pas le moment, ce n'est pas l'endroit, ça ne se fait pas", a dénoncé le fils du réalisateur dans une tribune à la publication spécialisée The Hollywood Reporter.

De fait, aucune question n'a été posée sur le sujet lors de la conférence de presse de présentation de Café Society, qui était présenté mercredi hors compétition en ouverture du Festival.

Cependant, lors de la cérémonie d'ouverture, le comédien Laurent Lafitte a lancé, en s'adressant au réalisateur: "Ça fait plaisir que vous soyez en France parce que ces dernières années vous avez beaucoup tourné en Europe, alors que vous n'êtes même pas condamné pour viol aux Etats-Unis." Une plaisanterie qui pourrait faire allusion aussi bien aux accusations de la fille de Woody Allen, qu'au parcours du Franco-Polonais Roman Polanski, poursuivi aux Etats-Unis pour le viol présumé d'une mineure. Si l'audience cannoise est restée médusée, le commentaire a été largement relayé outre-Atlantique, faisant de Laurent Lafitte "l'homme le plus couillu de Cannes".

Le silence des journalistes "n'est pas simplement mauvais. Il est dangereux", juge Ronan Farrow dans sa tribune. Il "envoie un message sur qui nous sommes en tant que société, ce sur quoi nous allons fermer les yeux, qui nous allons ignorer, qui compte et qui ne compte pas". "Il y a encore du travail à faire pour construire une culture où les femmes comme ma soeur ne seraient plus traitées comme si elles étaient invisibles. Il est temps de poser quelques questions difficiles", conclut-il.

La fille adoptive de Woody Allen, Dylan Farrow, l'avait accusé en 2014, en pleine saison des Oscars, de l'avoir sexuellement agressée quand elle était enfant. Le réalisateur américain avait immédiatement qualifié ces accusations de "fausses et honteuses".

Dylan Farrow a été adoptée par Mia Farrow et le réalisateur quand ils étaient en couple dans les années 80. L'affaire avait une première fois fait surface lorsque Woody Allen avait quitté Mia Farrow pour se mettre en couple avec la fille adoptive de cette dernière, Soon-Yi Previn, âgée de 21 ans à l'époque. Un juge new-yorkais et une enquête des services sociaux de New York avaient alors conclu, au moment d'une bataille judiciaire pour la garde des enfants d'Allen et Farrow, que les accusations d'agression sexuelle étaient "non concluantes".

Interrogé lors d'une rencontre jeudi à Cannes avec Variety, Woody Allen a répondu qu'il ne lisait "jamais rien" le concernant, pas plus que les critiques de ses films, ajoutant qu'"il avait déjà tout dit ce qu'il avait à dire" sur cette affaire.

Au sujet du discours de Laurent Lafitte, Woody Allen s'est déclaré "totalement favorable à ce que les comédiens fassent les plaisanteries qu'ils ont envie de faire". Rappelant aux journalistes de Variety qu'il était lui-même "un comique", il a souligné qu'"il en fallait beaucoup pour qu'il se sente offensé".

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