Vu à Deauville (4): Christine, d'Antonio Campos

08/09/16 à 09:54 - Mise à jour à 09:53

Le réalisateur d'Afterschool chronique avec doigté la descente aux enfers d'une journaliste de télévision locale dans l'Amérique désillusionnée des seventies.

Vu à Deauville (4): Christine, d'Antonio Campos

Rebecca Hall dans Christine, d'Antonio Campos. © DR

En 2008, Antonio Campos s'attelait dans le glaçant Afterschool au portrait sans concession d'une jeunesse émotionnellement et moralement anesthésiée face à la montée des nouveaux médias. Huit ans plus tard, il questionne à nouveau l'envers des écrans mais en remontant cette fois le fil du temps. Le film, qui n'a absolument rien à voir avec l'inoxydable Christine de John Carpenter (1983), s'inspire en fait de l'histoire vraie de Christine Chubbuck, journaliste et animatrice de télévision locale ayant violemment défrayé la chronique en Floride suite à son triste direct d'un matin de juillet 1974.

Interprétée par une Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona) parfaitement amidonnée, Chubbuck apparaît devant la caméra de Campos en workaholic rigoriste et passablement inadaptée en proie à l'hyper-stress voire à la parano. Clinique sans manquer d'empathie pour autant, le cinéaste new-yorkais excelle à montrer à quel point cette grande tige filiforme tout droit sortie d'un épisode de Popeye ne parvient pas à jouer le petit jeu absurde des conventions, tandis qu'il traduit finement l'effervescence et les interrogations éthiques agitant une petite équipe de rédaction -on est loin, c'est peu de le dire, de l'idéalisme forcé de The Newsroom sur HBO, par exemple. Commencer à donner au public la télé-poubelle qu'il semble réclamer ou encore chercher à élever le débat? "If it bleeds, it leads", répond bientôt sans hésiter la direction de la chaîne, réclamant des sujets toujours plus attractifs et plus mordants. La réaction de Chubbuck sera radicale, son geste, estomaquant, questionnant l'obsession de la réussite et du sensationnalisme par-delà les décennies.

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