Vampires, anges et morts-vivants à la sauce moderne

22/03/11 à 17:07 - Mise à jour à 17:07

Au cinéma et dans les séries, vampires, anges et morts-vivants sont adaptés au monde contemporain. Il en résulte de gros succès commerciaux et de bons navets bien gras. Les scénaristes s'accaparent les mythes et les saupoudrent de stéréotypes.

Vampires, anges et morts-vivants à la sauce moderne

© SND

Les mythes et légendes ont traversé l'histoire de la littérature. Ils se retrouvent aujourd'hui dans les films, les séries, les comics et les livres contemporains, à quelques détails près. Les écrivains les remanient: par simple évolution, par facilité ou juste par style.

Le premier exemple qui vient en tête est bien évidemment la version mormone des vampires de Stephenie Meyer. Mis à part ce que l'on peut penser de la saga, Twilight frappe surtout par son adaptation très libre du mythe vampirique. Oui, le vampire peu prendre des bains de soleil. Non, il ne brûlera pas pour autant. Le seul désavantage est qu'il se met à briller de mille feux sous les rayons du grand astre jaune. Et encore, pas de problème s'il y a des nuages. Ce qui amène à se demander si ces vampires peuvent encore garder l'appellation de créature de la nuit. Le mythe vampirique, tel qu'il a été jadis traité dans la littérature de Bram Stoker ou le film Nosferatu de Murnau, est basé sur une malédiction. Il est bien trop simple d'avoir une force herculéenne, de lire les pensées, de se déplacer à la vitesse du son et de défier la gravité si en compensation il n'est pas condamné à vivre sans lumière en se nourrissant de sang humain. Le vampire devient tendance et se demande s'il ne se contenterait pas d'un bon gros chevreuil.

La franchise vampire se voit multipliée sous toutes les formes. Et ça se remarque surtout dans les séries. Déjà en son temps, Blade le grand chasseur de vampires pouvait se passer d'hémoglobine grâce à un sérum qui lui faisait passer la soif de sang. Aujourd'hui, les créatures nocturnes de True Blood se contentent d'un substitut inventé par des chercheurs japonais. Le sang synthétique devient une boisson commune que l'on peut se procurer dans les bars, le vampire une minorité raciale qui fascine. Dans The Vampire Diaries, contrairement à Twilight, le vampire craint le soleil. Par contre, les scénaristes ont trouvé l'astuce pour ses deux héros: une bague. Composée de Lapis lazuli, une pierre extrêmement rare, elle permet aux deux frères de se rendre aux cours comme des adolescents normaux. Ni vu ni connu, les vampires se fondent alors dans le paysage diurne. Rien de tout cela ne rend la malédiction facile à porter pour autant. Que se soit dans Twilight ou dans Blade, le héros souffre de ces quelques fardeaux. Mais force est de constater que le monde des vampires est dorénavant divisé en deux. Il y a de moins en moins de vampires tiraillés entre humanité et éternité, comme l'avait très bien incarné Brad Pitt dans le mythique Entretien avec un vampire, mais il existe bel et bien une bataille sans fin entre les bons et les méchants vampires.

Les vampires n'ont pas le monopole

Si les vampires peuvent être remaniés, la thématique religieuse des anges peut aussi en prendre un sacré coup. Le film de Scott Stewart Légion, l'armée des anges se fait un plaisir de changer les codes bibliques. Les anges deviennent alors des mercenaires prêts à tout pour éradiquer la race humaine décadente. Outre l'intrigue et les dialogues creux, c'est la représentation de cet archange Gabriel qui froisse. Si, aux premiers abords, il correspond bien à la représentation collective, c'est sans doute sur les ailes que ça coince. Parce que tourner sur soi-même en volant avec ses ailes comme boucliers métalliques, ça choque. C'est peut être spectaculaire malgré un certain ridicule, mais ça choque. Le film australien Gabriel va plus loin. On y retrouve des anges qui finissent par se battre à coup de poudre à canon. Les rafales de mitraillettes fusent entre les anges et les déchus. Il est bon de replacer les vieilles histoires dans un espace-temps plus actuel, mais il ne faudrait pas non plus tomber dans la modernisation à outrance qui enlève tout le charme des mythes intemporels.

Un autre thème classique du cinéma suit une évolution assez marquée ces dernières années: les morts-vivants. Car il faut noter qu'à part la récente série The Walking Dead, les zombies ne sont plus que très rarement des revenants d'outre-tombe. Ils ont laissé la place aux infectés, comme ça l'est explicitement dit dans Je suis une légende. La vengeance divine de La nuit des morts-vivants n'est plus: une certaine crise de foi renvoie l'être humain vers sa propre image. Les peurs se sont déplacées vers ces substances chimiques que l'Homme a créées. Ce sont maintenant les gaz et les virus qui transforment des gens ordinaires en créatures dont la seule partie cérébrale utilisée est le cerveau reptilien. Des bêtes effrayantes et sauvages comme celles de Rec, qui renvoient l'homme à l'une de ses grandes peurs: le retour à l'état sauvage.

Les écrivains et scénaristes placent les légendes de la littérature fantastique dans un format propre au cinéma contemporain. Ils les remanient pour les placer dans un cadre actuel. Il n'est pas obligatoire pour autant d'entrer dans les facilités scénaristiques et les stéréotypes à outrance.

Thibault Richard (stg.)

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