Une Séparation

07/06/11 à 15:54 - Mise à jour à 15:54

DRAME | Ours d'or à Berlin, ce drame choral évoque la séparation d'un couple mais aussi le divorce entre deux pans de la société iranienne. Un chef-d'oeuvre aux résonances multiples.

Une Séparation

DRAME | Ce fut une grande, une très grande émotion. D'abord le silence d'une salle captivée, estomaquée, bouleversée. Puis une vague immense d'applaudissements fervents. On n'avait plus vu de projection de presse aussi intense depuis celle de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le film de Cristian Mungiu, au Festival de Cannes 2007. Tout comme la Palme d'or ne pouvait échapper à son collègue roumain, Asghar Farhadi devait repartir de la Berlinale avec l'Ours d'or. S'y ajouta un Ours d'argent d'interprétation pour l'ensemble des acteurs d'Une séparation.

Un point d'orgue pour une oeuvre (osons dire un chef-d'oeuvre) poussant la voie du réalisme vers des sommets de force évocatrice et de sens profond. Le film de Farhadi prouvant à qui pouvait encore l'ignorer que l'exploration de l'intime peut faire naître le plus juste reflet du social, et que le plus court chemin vers l'universel est souvent celui qui s'enracine dans le particulier.

Une séparation nous emmène à Téhéran, aujourd'hui. Un couple y bat de l'aile, au point d'envisager de se séparer puis de divorcer. Simin, l'épouse, voudrait quitter le pays pour offrir à sa fille, adolescente, un avenir différent. Nader, le mari, s'y refuse pour pouvoir veiller sur son vieux père malade, qu'il héberge dans l'appartement familial. Quand Simin, en cours de procédure, quittera les lieux, Nader engagera une aide-soignante pour garder son papa durant la journée. Il ignore que la jeune femme a pris ce travail sans demander l'autorisation de son mari. Une faute de la garde-malade, suivie d'une réaction un peu vive de l'employeur, provoquera un conflit où police et justice se retrouveront mêlées. Avec des conséquences imprévisibles et potentiellement tragiques...

Deux mondes

Deux combats juridiques, deux couples qui s'affrontent à l'heure même où l'un se déchire et l'autre se cabre. Deux classes, aussi, qui s'opposent: d'une part la bourgeoisie urbaine, instruite et libre d'idées, de l'autre une couche populaire ignorante, volontiers vindicative et brandissant le Coran comme seule référence à tout aspect de l'existence. Deux mondes, sans doute inconciliables, qu'Asghar Farhadi choisit d'aborder sans manichéisme aucun, même s'il décoche subtilement quelques flèches (méritées) à la bêtise religieuse.

Le cinéaste filme avec une infinie et douloureuse justesse le chaos qu'une administration ambiguë tente difficilement d'arbitrer. Il est surtout très attentif au personnage le plus important de son film: la fille de Nader et Simin, entraînée malgré elle dans une double crise intime et sociale hypothéquant son avenir.

Sur un scénario d'une précision et d'une fluidité admirables, Une séparation propose une expérience humaine et cinématographique extraordinairement prenante. Avant de se refermer sur un dernier plan d'une force hallucinante, ce très grand film nous cheville à l'existence de personnages pleins de vérité (et remarquablement campés), même quand une partie d'entre eux est saisie par le doute. Un doute que Farhadi partage d'évidence face aux certitudes rétrogrades d'un Iran officiel jamais attaqué frontalement par son film, mais dont la fracture avec les acteurs d'un pourtant nécessaire progrès apparaît béante.

Une séparation, drame d'Asghar Farhadi, avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini. 1h57.

Louis Danvers

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