Un glitch dans la Matrice: 2017 ne serait qu'une simulation détraquée

06/03/17 à 09:37 - Mise à jour à 09:37

Et si toutes les absurdités d'une année 2017 qui en est déjà riche étaient une preuve de plus que nous vivons dans une simulation? Certains brillants cerveaux y croient vraiment, d'autres un peu moins lustrés pensent que ça ne change rien au contenu de leur carte Mobib. Soeurs Wachowski, ganja geek culture et vertige existentiel, voilà le Crash Test S02E23.

Un glitch dans la Matrice: 2017 ne serait qu'une simulation détraquée

Tournée générale de pilules bleues. © Warner Bros.

Je suis de ceux qui pensent que s'il existe une vie après la mort, des univers multiples et même Dieu, ça ne changerait pas grand-chose aux tarifs des transports en commun. Les grandes questions existentielles, éthiques et vertigineuses me font donc plutôt marrer, à tel point que je cultive même un vague projet de bouquin les usant et les ruinant complètement par la logique que je préfère, celle des types contraires. Exemple: les robots sexuels sont mis sur le marché, youpie, mais à un moment, forcément, les ventes vont stagner. Comment y remédier? En lançant une ligne de robots sexuels enfants? Une autre de robots sexuels animaux? Et, à partir du moment où ces robots sexuels développent une forme primitive de conscience, reste-t-il moral de les baiser quand ils ne sont pas allumés? Autre exemple: la pilule d'immortalité. Vous la gobez en 2049 et vous vivez ensuite tranquillement des milliards de milliards de millions d'années, le tout en règle de cotisations de mutuelle. Puis l'univers se met à rétrécir, les galaxies entrent en collision, des systèmes solaires entiers sont détruits. C'est le Big Crunch et de tout ce qui existe, il ne restera qu'une tête d'épingle. Autrement dit, même immortel et avec une bonne mutuelle, vous finirez malgré tout crevé. D'où l'intérêt éventuellement tout relatif de gober la fameuse pilule en 2049.

Un troisième sujet du genre à bien troller est ce concept que tout ce que nous connaissons ne serait que simulation. L'idée remonte plus ou moins à Platon mais elle est bien sûr à nouveau très à la mode depuis Matrix, la trilogie de films des soeurs Wachowski. Moi, je pense qu'il faut vraiment être paranoïaque au point de même se sentir observé à Ostende hors saison après 18h30 pour se laisser embarquer dans ce genre de prise de tête cosmique mais elle n'en séduit pas moins des cerveaux très brillants. Elon Musk y croit à fond, des philosophes y croient à fond et pour certains statisticiens, il est même mathématiquement plus probable que nous vivions dans une simulation que le contraire. Évidemment, le coup de la Matrice permet surtout de réintroduire dans un cadre scientifique et athée une forme de spiritualité, donc aussi des entités créatrices et du déterminisme. D'un point de vue plus philosophique, cela résoud aussi la question fondamentale de la souffrance et du mal, plutôt épineuse d'un point de vue religieux, mais assez facilement emballée si notre réalité n'est qu'un jeu, auquel on peut donc jouer en mode psychopathe, ou une gigantesque expérience, dont la souffrance et le mal seraient alors justement les sujets d'étude. Bref, on tient ici une bonne base de longue discussion sous ganja. Sauf que depuis janvier, l'idée que notre réalité est un jeu divertissant auquel s'adonne une entité supérieure a, à nouveau, drôlement le vent en poupe.

Il n'aura échappé à personne que nous vivons un début d'année particulièrement zinzin. Le sketch permanent qu'est la présidence Trump, le couac des Oscar ou même l'étrange déroulé du Superbowl n'ont absolument rien de normal, avance ainsi un récent petit article du New Yorker. Autrement dit, si nous sommes dans une simulation, c'est comme si nous avions longtemps vécu sous le contrôle d'une intelligence artificielle, d'un extraterrestre ou d'une entité divine qui maîtrisait "la manette" mais là, depuis le début 2017, c'est un gros noob qui a pris le contrôle, le genre de néophyte qui pousse sur n'importe quel bouton, ne comprend pas grand chose au sens du jeu et en teste les limites. Toute foldingue et concon soit-elle, cette idée est en fait défendue par le philosophe David Chalmers, de l'université de New York. "Quelque-chose dans la simulation s'est détraqué. Les gens ou les machines ou les aliens censés s'occuper de nos vies ont les plombs grillés. Ce qui fait que nous sommes actuellement dans un "glitch"", avance celui-ci, cité par The New Yorker. "C'est toi le glitch", j'ai envie de répondre à cet éminent penseur. Parce que prétendre que ça fait un point en plus pour la théorie de la simulation que les affaires du monde ont l'air de plus en plus détraquées m'a en effet tout l'air de tenir du déni... de réalité. On peut même dire que c'est sans doute la pire explication jamais trouvée par des démocrates pour ne pas admettre leur défaite face à Trump. Sad! Et, bien sûr, tournée générale de pilules bleues.

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