The Lone Ranger, top of the flops

06/08/13 à 16:20 - Mise à jour à 16:20

Avec sa nouvelle et pétaradante production, l'équipe de Pirates of the Carribean se vautre financièrement. Et si une certaine logique de surenchère hollywoodienne avait fait son temps? Tentative de décryptage en compagnie de Gore Verbinski, réalisateur de The Lone Ranger.

The Lone Ranger, top of the flops

The Lone Ranger - Armie Hammer et Johnny Depp © Disney

C'est LA superproduction Disney de l'été. L'exhumation du Lone Ranger, héros de l'Ouest combattant les injustices popularisé dès les années 30 par un show radio puis dans les années 50 à la télévision. Cornaquée par l'équipe gagnante de Pirates of the Caribbean (même réalisateur, même producteur, même Johnny Depp déguisé), la chose entend appliquer au western le relifting blockbusterisant qui avait si bien fonctionné avec le film de pirates. Mieux: alors que Pirates of the Caribbean s'inspirait directement d'une attraction de Disneyland, The Lone Ranger (lire la critique) a tout d'un enchaînement quasi ininterrompu de divertissements forains: train lancé à toute berzingue, rodéo, rivière sauvage, freak show... -"L'idée, c'est de vous embarquer dans un roller coaster de sensations fortes", confirme le réalisateur Gore Verbinski.

Mais il y a un hic, et de taille. Si cet été, aux Etats-Unis, tout le monde a fait la queue comme au Sirocco afin de découvrir Despicable Me 2 ou World War Z, il n'y avait pas grand monde dans la file pour The Lone Ranger. Résultat des courses: avec un budget de production avoisinant les 250 millions de dollars (!), et un budget de marketing international de près de 175 millions de dollars (!!), le film a fait un four aux Etats-Unis et au Canada. Au terme de son exploitation mondiale, les pertes totales pour Disney pourraient se chiffrer jusqu'à 150 millions de dollars. Soit un nouveau syndrome John Carter, en somme, véritable catastrophe maison l'an dernier. Et il ne s'agit pas du seul gros plantage de juillet: After Earth et White House Down, chez le concurrent Sony, ayant tous deux récemment laissé jusqu'à leur slip dans le grand cirque de l'exploitation, tout comme R.I.P.D. chez Universal. A tel point que certains parlent déjà d'un véritable été des flops. Si la tendance n'est pas (encore?) généralisée, ces échecs à répétition (voir encore, ces dernières années, Battleship, Prince of Persia, Cowboys & Aliens, Jonah Hex...) semblent pourtant bien indiquer l'essoufflement d'une certaine logique de surenchère hollywoodienne, s'appuyant sur des budgets pharaoniques, une quête de grand spectacle immodérée... et un manque patent d'idées originales, entre sequels, prequels, adaptations, remakes et resucées.

"L'univers des blockbusters d'été peut être très cruel aux Etats-Unis, se défend Verbinski. Il est question de divertissements pour la masse, et parfois la masse vous sanctionne. Peut-être parce que le Lone Ranger n'est pas un super-héros, qu'il ne vole pas, je ne sais pas. Il y a une dimension old school dans le film, avec des vrais trains, des vrais chevaux, dont je suis personnellement très fier. Il y a de l'action, de l'humour, de la romance: l'insuccès de The Lone Ranger me laisse perplexe." Et d'y aller d'une flatterie un peu désespérée: "Je pense que vous, Européens, êtes plus malins que ça. Si vous donnez sa chance au film, il devrait vous plaire."

Vers un nouveau modèle?

Mais au fond, héros volant ou pas, public malin ou non, le principal problème ne serait-il pas le systématisme des sommes folles injectées dans ces grandes réjouissances populaires essaimant par dizaines sur les écrans? Dans un paysage cinématographique sur-saturé en blockbusters dont le cahier des charges est peu ou prou identique -l'action, l'humour et la romance vantés par Gore Verbinski, le tout emballé avec un sens paroxystique du spectaculaire-, la notion de choix, et donc de renoncement, spectatoriel prend tout son sens, la promesse d'un divertissement explosif ne garantissant plus forcément le succès. Et si Hollywood, trop gourmand, était en train de créer les conditions de sa propre famine à venir?

Spielberg lui-même, pourtant pionnier en la matière, ne disait rien d'autre récemment lors d'une conférence dans une université californienne, prédisant carrément l'implosion prochaine de l'industrie hollywoodienne: "Trois, quatre, ou peut-être même une demi-douzaine de films à très gros budgets vont s'effondrer, entraînant un changement de modèle." Et son compère George Lucas de déplorer à ses côtés "le coût marketing des films et le besoin de les calibrer pour les masses aux dépens du public de niches".

Dans un contexte de crise, difficile, ne faudrait-il pas simplement en revenir à une série de projets potentiellement bankables mais moins démesurés? La théorie de la décroissance appliquée à l'industrie du spectacle? Après tout, pourquoi pas... Gore Verbinski: "En fait, mon prochain film sera l'adaptation de la BD de Guy Delisle, Pyongyang. Et c'est vrai que pour le coup j'ai ressenti le besoin de revenir à quelque chose de plus modeste, plus centré sur l'humain, loin de la logique d'une grosse production estivale." Mais le réalisateur de nuancer aussitôt: "Je pense néanmoins, pour en revenir au sujet qui nous occupe, que toute la question aujourd'hui, avec le téléchargement, l'explosion du home cinema, la qualité croissante des séries télé, reste de parvenir à faire sortir les gens de chez eux pour aller dans les salles. D'où cette escalade de sorties suffisamment événementielles pour vous tirer hors de votre canapé. Vous savez, j'aime beaucoup le cinéma des seventies, mais soyons réalistes, si je me piquais de faire un film à petit budget avec cinq acteurs, une histoire d'infidélité tournée dans trois décors et mise en boîte en 20 jours, qui se déplacerait encore pour voir ça?" Si le résultat est libre, brillant, inventif, en phase avec un certain esprit de son temps: peut-être une bonne partie de ceux qui n'ont pas jugé utile de faire le déplacement pour The Lone Ranger, monsieur Verbinski. Alors, à quand un nouveau Nouvel Hollywood?

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