Sièges mouvants, vent, odeurs, eau...: la 4DX pour Star Wars 8, fausse bonne idée?

14/12/17 à 09:49 - Mise à jour à 12:11

Les cinémas Kinepolis de Bruxelles et d'Anvers inauguraient ce mercredi leur nouveau dispositif: la 4DX, une nouvelle manière d'expérimenter le cinéma avec des simulations de mouvement et des effets en tout genre, comme des vibrations ou de la brume. On a pu la tester en avant-première.

Sièges mouvants, vent, odeurs, eau...: la 4DX pour Star Wars 8, fausse bonne idée?

La 4DX est disponible aux Kinepolis de Bruxelles et d'Anvers, pour le moment uniquement sur les séances de Star Wars: The Last Jedi. © 4DX - Kinepolis

Des X-Wings de la Résistance font irruption à l'écran, prêts à combattre un vaisseau du First Order. Les tirs lasers passent près de l'oreille du spectateur, qui est baladé dans son siège au rythme des loopings du véhicule, et sent même une odeur de tôle froissée et de feu alors qu'une explosion se déclenche dans l'espace. Cette immersion au coeur de Star Wars: The Last Jedi est possible grâce à une nouvelle technologie, la 4DX. L'argument marketing utilisé pour la promouvoir, légèrement prétentieux, a au moins le mérite d'être engageant: "Regardez, entendez et ressentez le film". Pour inaugurer la nouvelle salle de 160 places consacrée à cette technologie, le Kinepolis de Bruxelles a sorti les grands moyens avec la diffusion du huitième épisode de la saga intergalactique, qui est désormais proposé au public à raison de quatre séances quotidiennes.

En 35 jours, le lieu a subi un lifting complet, des sièges au sol (maintenant capable de diffuser des vibrations), jusqu'à la salle de projection. Du matériel spécifique permettant la diffusion d'odeurs, de vent et d'eau, entre autres, a dû être mis en place en coulisses pour rendre la technologie fonctionnelle. Et tout cela a un coût, puisqu'une installation en 4DX représente un budget dix fois supérieur à celui d'une salle de cinéma classique. Déjà mis en place par Pathé en France et tout récemment à Charleroi, ce concept débarque aujourd'hui à Bruxelles et Anvers, et bientôt également à Madrid.

À première vue, la salle obscure évoque plutôt une attraction de parc à thèmes type Futuroscope qu'une réelle expérience cinématographique. Et le sentiment se confirme avec la projection des trailers et démos. La 4DX allie mouvements du siège et effets "atmosphériques": vent, eau, odeurs, lumière, brume... Tous les dispositifs se mettent alors à fonctionner en même temps lors des teasers de Thor: Ragnarok et Star Wars: The Last Jedi, clairement conçus pour "impressionner" un public encore novice en la matière. Parfaitement calquées sur le rythme des bandes-annonces, les vibrations du sol et du siège se coordonnent notamment au célèbre thème de la Marche Impériale composée par John Williams. L'action est tellement courte et rapide qu'il est difficile d'avoir une opinion éclairée en seulement quelques minutes.

Les organisateurs enchaînent alors avec la projection en intégralité du dernier Star Wars dans la même salle. Il est plus aisé de réaliser le degré d'efficacité et de qualité de la technologie lors de combats dans l'espace et de courses de vaisseaux spatiaux, les effets étant utilisés de manière plus diffuse et digeste.

Si les mouvements du siège sont très réussis, immersifs et ne tombent pas dans une banale attraction, les dispositifs faisant appel aux cinq sens sont, en revanche, plus limités. La scène d'introduction de The Last Jedi, riche en lasers, est habilement utilisée pour permettre au spectateur de sentir les tirs se multiplier, comme dans un X-Wing de la Résistance. La diffusion de vent lors d'atterrissages ou d'eau en cas de pluie (qui peut être désactivée indépendamment sur chaque siège) est également amusante. On ne peut pas en dire autant des odeurs, ici utilisées pour représenter une explosion, qui peuvent s'avérer peu plaisantes. Quant à la "brume" d'une tempête, elle prend la forme de petits jets de fumée, légèrement ridicules, diffusés sous l'écran...

La 4DX diffuse notamment une légère brume et de l'eau dans la salle.

La 4DX diffuse notamment une légère brume et de l'eau dans la salle. © BELGA

La 4DX, transposable à la 2D mais aussi à la 3D, a pourtant déjà séduit Hollywood, avec 59 films de ce type (généralement action, animation, horreur ou fantastique) sortis en 2016. Prochainement, la technologie sera disponible pour le remake de Jumanji, prévu le 20 décembre en Belgique, et le nouveau volet de Jurrassic World, en 2018.

Mais cette immersion a un prix non négligeable: 6 euros supplémentaires sur un ticket classique, ce qui porte le tarif total à 17,65 euros (à noter que le Pathé de Charleroi propose le même service pour 14 et même 13 euros jusqu'au 31 janvier 2018). C'est moins cher qu'un ticket d'entrée pour un parc d'attraction mais tout de même très élevé pour un blockbuster... La 4DX pose également la question du rôle du cinéma: est-ce bien l'objectif du septième art de divertir de cette manière? Cela ne perturbe-t-il pas les émotions ressenties devant un film, au lieu de les amplifier? Sans parler du risque d'occulter la médiocrité d'un scénario ou de dialogues, tant l'immersion prend le dessus. Dans le cas de Star Wars: The Last Jedi, la technologie a effectivement bonifié certaines scènes bien ennuyeuses...

Salammbô Marie

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