Pyongyang de Guy Delisle ne sera plus adapté au cinéma

19/12/14 à 12:09 - Mise à jour à 12:09

Après The Interview, c'est au tour de l'adaptation du reportage-BD Pyongyang de Guy Delisle de passer à la trappe suite à des pressions politiques. Un projet irrévérent depuis le début.

Pyongyang de Guy Delisle ne sera plus adapté au cinéma

Pyongyang de Guy Delisle © DR

Pyongyang, c'est une bande-dessinée de Guy Delisle (1) parue en 2003, dans laquelle il relate son séjour en Corée. Entre carnet de voyage et documentaire dessiné, l'auteur use d'un ton léger et fait preuve d'humour en décrivant le pays le plus fermé du monde au fur et à mesure de son expérience de celui-ci, pour un résultat d'une véracité fascinante.

Alors que la publication de cet ouvrage avait déjà été sujet à controverse, une adaptation cinématographique était prévue depuis maintenant plus de deux ans. Le réalisateur ne devait être nul autre que Gore Verbinski (Lone Ranger, Pirates des Caraïbes) , et l'acteur devant incarner ce baroudeur crayonné était Steve Carell (Foxcatcher, Crazy, Stupid, Love), dans un scénario orienté thriller adapté par Steve Conrad.

Était car, après que Sony ait annulé la sortie de The Interview, c'est au tour de cette réalisation de se faire écraser sous les menaces politiques. Alors que le tournage devait débuter en mars 2015, celui-ci a été abandonné hier par la Fox et New Regency, qui étaient en charge de son bon déroulement.

Tandis que Steve Carell a exprimé son ressentiment sur Twitter d'un "sad day for creative expression", Gore Verbinski a fait part d'un communiqué attristé: "Pour clarifier la situation: hier, New Regency et la Fox m'ont annoncé qu'ils ne distribueraient pas le film. Avant cela, nous avions le feu vert et financé entièrement par New Regency. j'ai cru comprendre que vu la situation chez Sony, la Fox avait décidé de ne pas distribuer le film. Sans distributeur, New Regency se voit obligé de mettre un terme à la production. Ce que j'en pense maintenant. Je trouve ça ironique que la peur annihile la possibilité de raconter des histoires qui dépeignent notre capacité à surmonter la peur."

Une ironie bien présente, car finalement, comme l'a souligné très justement Carell en postant une photo de Charlie Chaplin dans sa célèbre caricature d'Adolf Hitler, il paraît aujourd'hui invraisemblable, près de 75 ans après The Great Dictator, qu'une telle censure puisse être appliquée avec autant de facilité. Inutile d'être américain pour se rendre compte de l'ampleur phénoménale qu'ont pris les récents évènements liés autour du hack de Sony (qui est présumé avoir été commis par la Corée du Nord). Une ampleur qui alimente une peur, qui n'a sans doute pas lieu d'être et qui ne fait que renforcer le pouvoir potentiel des détracteurs coréens, qui ne sauront en rester là après ces deux victoires consécutives.

Après tout, que ce serait-il passé si ce piratage n'avait pas eu lieu et que les scénarios n'avaient pas fuité? Il est peu probable que la Corée du Nord aurait riposté par une attaque nucléaire (car c'est bien de cela qu'il s'agit) à la sortie de The Interview et de l'adaptation de Pyongyang, qui n'aurait pas été annulée. Il suffit de se souvenir de Team America de Trey Parker pour en avoir la preuve.

(1) Ce même Guy Delisle dont nous avions prépublié les planches des Chroniques de Jérusalem dans les pages de Focus, souvenez-vous.

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