Pina

04/05/11 à 12:25 - Mise à jour à 12:25

DOCUMENTAIRE | Wim Wenders rend avec Pina le plus beau des hommages à la chorégraphe Pina Bausch, dans un film d'admiration et d'amour, qu'un emploi inédit de la 3D magnifie.

Pina

L'émotion suscitée par la première projection de Pina au Festival de Berlin est de celles qui ne s'oublient pas. La souveraine évidence du documentaire consacré par Wim Wenders à la grande artiste disparue traversa le public plus qu'elle ne le subjugua. La générosité du regard, l'humilité de l'approche, l'amour s'exprimant par delà une légitime admiration: tout dans ce film était juste, tout dans ce film était beau.

L'oeuvre de Pina Bausch, en partie recréée devant la caméra, apparaissait dans toute son importance artistique et humaine. Avec une 3D innovant, menant le spectateur au coeur même de ce "Tanztheater" ("théâtre dansé") qui donne son nom à la compagnie créée par la chorégraphe et qui creuse si bien, si fort, une matière existentielle pleine de force vitale. La grandeur du travail de Bausch redevenait aveuglante. Celle d'un Wim Wenders n'ayant plus signé de film majeur depuis bien des lunes était à nouveau perceptible, physiquement palpable dans un Pina aux allures d'offrande, où le cinéaste s'efface et pourtant se révèle dans le don fait à son amie, par-delà une mort qui aurait pu mettre un terme au projet... mais qui l'a au contraire empli d'un bouleversant supplément de sens.

Vers la grâce

Pina n'aurait pu exister sans le développement d'une technologie 3D dont Wim Wenders tire ici un parti aussi admirable qu'inédit. Loin d'être un gadget ou un effet de mode comme il en va pour tant d'autres films produits ces temps-ci, le relief nous fait pénétrer l'espace même de la représentation. Le cinéaste a tourné dans leur intégralité quatre spectacles de Bausch: Le Sacre du printemps, Kontakthof, Café Müller et Vollmond. Nous y entrons avec sa caméra jamais intrusive mais toujours complice, vibrant à l'unisson des coeurs et des corps des danseurs, percevant leur souffle et le moindre de leur geste avec une acuité inouïe.

De longs extraits des quatre pièces citées rythment Pina et le structurent de manière organique. Des portraits et propos des collaborateurs et interprètes de Bausch, filmés face caméra, portent témoignage et composent un puzzle de souvenirs tantôt drôles, tantôt poignants. Des images plus anciennes, précieuses,faisant resurgir la chorégraphe décédée soudainement au mois de juin 2009, deux jours seulement avant les premiers essais en 3D...

L'ensemble se regarde (on devrait dire se vit) avec un rare sentiment d'intimité. Une impression de voir (re)naître sous nos yeux le processus de création lui-même. Et c'est en état de grâce, au sens non religieux du terme, que l'on quitte à regret la plénitude d'une expérience artistique comme il nous est trop peu donné l'occasion d'en apprécier. Une expérience où le sensuel et l'intellectuel s'épousent jusqu'à ne plus faire qu'un.

Pina, documentaire de Wim Wenders. 1h43.

Louis Danvers

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