Pierre Tchernia: retour sur 60 ans de carrière à la télévision et au cinéma

10/10/16 à 17:24 - Mise à jour à 17:22

Pierre Tchernia, mort ce week-end à 88 ans, était souvent désigné comme l'un des pionniers de la télévision française. De ses débuts au journal télévisé en 1949 à sa dernière apparition en 2008, il a touché à tout, devenant une figure familière pour toutes les générations.

Pierre Tchernia: retour sur 60 ans de carrière à la télévision et au cinéma

Philippe Geluck, Pierre Tchernia, Stephane Steeman et Jacques Mercier PHOTO ETIENNE ANSOTTE BELGA © BELGA

En 1949, Pierre Tchernia fait partie de l'équipe qui crée le premier journal télévisé en France. Avec Pierre Sabbagh, Pierre Dumayet, Georges de Caunes et Jacques Sallebert, il s'invitera dans les quelques foyers possédant une télévision. À cette époque, il n'y a pas de présentateur; les reportages sont filmés et commentés par une voix off.

En 1955, Pierre Tchernia anime La boite à sel, qui sera la première émission satirique à la télévision française. Il forme un joyeux trio avec les chansonniers Jacques Grello et Robert Rocca. Les trois compères amusent les spectateurs avec des caméras cachées, des sketchs et des chansons, détournant et commentant l'actualité. De jeunes chansonniers font alors leur apparition: Jean Poiret et Michel Serrault, Raymond Devos, Philippe Noiret, Jean-Pierre Darras, Paul Préboist, Marthe Mercadier... Si à l'époque, la télévision est plutôt libre et le ton de La boite à sel potache, l'émission va agacer de plus en plus en haut lieu. Évincée plusieurs semaines puis réintégrée sous certaines conditions en 1958, elle sera définitivement arrêtée en 1960. Leur traitement de l'actualité politique finit par exaspérer chez les députés. On affermit encore les conditions (l'émission, en direct jusqu'alors, doit être enregistrée et son contenu jugé au préalable), ce que refusent les chansonniers. La boite à sel se referme donc mais ouvre la voie à d'autres émissions, qui feront elles aussi scandale, comme 1=3, le Petit Rapporteur et les Guignols de l'info.

Dans Monsieur Cinéma, il invite une personnalité du cinéma et fait participer des candidats à un jeu dans lequel ils répondent à des questions sur le cinéma. Monsieur Cinéma est diffusé de 1967 à 1980. Rebaptisée ensuite Jeudi Cinéma puis Mardi Cinéma, l'émission se prolonge jusqu'en 1988. Au fur et à mesure, le principe de l'émission évolue. Après la diffusion d'un film, Pierre Tchernia et Jacques Rouland reçoivent des comédiens. Ceux-ci répondent à des questions des animateurs sur leur actualité, puis participent à un jeu dans le but de faire gagner des places de cinéma à des spectateurs. En vingt ans, l'émission est devenue culte. Elle a par ailleurs été ressuscitée récemment par Laurent Ruquier.

Pierre Tchernia a également réalisé quatre films. Utilisant à chaque fois de Michel Serrault, son acteur fétiche (qui savait tout jouer) comme premier rôle, il l'accompagnait de nombreux acteurs attachants, emblèmes d'un vrai cinéma populaire: Michel Galabru, Jean Carmet, Gérard Depardieu et bien d'autres.

Pierre Tchernia, c'est aussi le culte de l'amitié. Parmi les amis, il y a René Goscinny, créateur d'Astérix avec Albert Uderzo. Il sera d'ailleurs représenté à plusieurs reprises dans la bande dessinée dans le costume d'un légionnaire romain. Voix off dans les volets 2 et 3 des films d'Astérix au cinéma, il participe à l'adaptation de plusieurs dessins animés du Gaulois, dans lesquelles il est coscénariste avec Goscinny, et réalise Deux romains en Gaule.

Deux romains en Gaule est une adaptation libre qu'il réalise pour la télévision en 1967. Si les deux héros gaulois apparaissent assez peu et sous forme de dessin, ils sont secondés par toute une bande de joyeux drilles: Roger Pierre, Jean-Marc Thibaut et Jean Yanne en acteurs principaux, et des participations de Goscinny et Uderzo, Pierre Dac, Francis Blanche, Pierre Tornade, Lino Ventura, Maurice Biraud, Moustache, Robert Beauvais...

En près de soixante ans, Pierre Tchernia nous aura souvent présenté sa bouille paternelle, douce et amusée. Il aura transmis sa passion pour un cinéma populaire à plusieurs millions de spectateurs, leur communiquant sa gaîté bienveillante et sa ronde bonhommie.

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