Mostra de Venise, le film du jour #8: People Mountain People Sea

07/09/11 à 17:16 - Mise à jour à 17:15

En direct de la Mostra de Venise, notre envoyé spécial Jean-François Pluijgers prend le pouls du festival et épingle chaque jour le film qui est sur toutes les lèvres. Huitième étape: People Mountain People Sea, de Cai Shangjun.

Mostra de Venise, le film du jour #8: People Mountain People Sea

© Belga/AFP

C'est l'une des spécificités de la Mostra: chaque année, la compétition recèle un film surprise au moins, dont l'identité n'est dévoilée qu'au moment de lancer le générique. Il y a là plus qu'une coquetterie: on se souvient qu'en 2006, Still Life, de Jia Zhang-ke, avait été présenté incognito, avant de remporter le Lion d'or. Le film surprise de 2011 a pour sa part bien failli se transformer en film maudit: la projection du matin avait été purement et simplement annulée; quant à celle du soir, elle a dû être interrompue après 45 minutes, les spectateurs désertant par grappes entières une salle Darsena où se répandait une odeur âcre de brûlé, dont il s'avéra qu'elle était provoquée par une lampe à infra-rouges en train de griller (sic).

La troisième fut donc la bonne, pour un film qui mérite mieux que l'anonymat auquel semblait le vouer le mauvais sort vénitien. Pour son second long métrage, Cai Shangjun (The Red Awn) relate l'histoire d'un homme qui se lance dans une longue chasse à l'homme afin de venger son frère, assassiné sauvagement pour des raisons nébuleuses. La traque qui s'ensuit l'amènera de son village des montagnes dans une ville grouillante et peu engageante, avant de le conduire dans le décor plus inhospitalier encore d'une mine clandestine du Nord de la Chine - théâtre du climax du film.

Collant aux basques de cet homme dont rien ne semble pouvoir enrayer l'obstination, Cai Shangjun fait un portrait sans concessions de la Chine contemporaine, évoluant à fleur d'un réel sordide. Entre décrépitude des choses et corruption des êtres, People Mountain People Sea produit un effet pénétrant - film grinçant qui, pour se terminer une mince et paradoxale lueur d'espoir, n'en apparaît pas moins objectivement désespéré. Saisissant.

Jean-François Pluijgers, à Venise

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