Les LOLcats, des réseaux sociaux aux salles obscures

31/05/13 à 17:20 - Mise à jour à 17:20

La chatte boudeuse Grumpy Cat pourrait être l'héroïne d'un long-métrage. Avant elle, la petite Lil Bub avait eu droit à son documentaire.

Les LOLcats, des réseaux sociaux aux salles obscures

Lil Bub, la star de Lil Bub & Friendz. © DR

Les LOLcats se sentiraient-ils à l'étroit dans les petites fenêtres de YouTube ? Un peu plus d'un mois après la première de Lil Bub & Friendz au festival américain de Tribeca, voilà que l'éternelle mécontente Grumpy Cat se voit offrir la chance de devenir une star de cinéma. Selon le site Deadline, les "managers" de l'animal veulent en faire le nouveau Garfield et travaillent sur une comédie familiale avec Broken Roads Production. Dans ce film, Grumpy Cat serait douée de parole, l'occasion pour elle de critiquer tout ce qu'elle n'aime pas dans la vie, c'est-à-dire à peu près tout. Une consécration pour l'animal qui était devenu une véritable star, à la télévision comme sur le net.

Grumpy Cat, de son vrai nom Tardar Sauce, a été découverte en septembre 2012 suite à une photo postée sur le site Reddit. Amusés par le visage unique de la bête, les utilisateurs du site ont vite parodié la photo en imaginant les pensées sombres de Grumpy Cat. Parmi ses meilleures pensées, "Je me suis amusé, un jour. C'était affreux", ou encore "Le souci avec certaines personnes, c'est qu'elles sont toujours vivantes". Après les photos, des vidéos ont été mises en ligne sur YouTube, propulsant la chatte au top de la célébrité numérique. Grumpy Cat était devenue un mème, dont les photos détournées se partageaient sur les réseaux sociaux et les sites humoristiques. Et grâce à Ben Lashes, le manager des célébrités félines du net, Grumpy Cat est maintenant une marque, prête à être déclinée sur le grand écran.

Livres, calendriers, t-shirts, coussins : avec près d'un million de fans sur Facebook, Tardar Sauce est maintenant un business comme un autre, qui a rapporté entre 100 et 300 000 dollars aux propriétaires du félin, la famille Bundesen. Et comme dans chaque business, il y a des concurrents, comme Lil Bub, cette petite chatte malformée à la langue pendante qui fait fondre Internet depuis plus d'un an. L'histoire est toujours la même : des photos, des vidéos, et soudain, le succès déboule. Le 18 avril dernier, le documentaire Lil Bub & Friendz, réalisé par Andy Capper et Juliette Eisner et produit par Vice, a été montré en avant-première au festival de Tribeca, à New-York. Racontant l'histoire de Lil Bub et d'autres célébrités à quatre pattes, dont Grumpy Cat, le film a gagné la compétition en ligne, qui opposait les films à voir sur le site du festival.

Grâce à Lil Bub & Friendz, ces stars d'un nouveau genre ont eu les honneur de médias aussi sérieux que Time ou le New-York Times. De quoi attirer de plus en plus de gens sur les boutiques en ligne de Lil Bub et Grumpy Cat, également fournies en sweat-shirts et tasses de thé. Mais que pensent les fans de tout cela ? A-t-on besoin de films sur la culture web et d'un manager de carrières d'animaux ? Pour Adi Robertson, journaliste pour le site américain The Verge, la culture web n'a pas besoin de rockstars : "Il y a quelque chose de déprimant à voir le monde éphémère des mèmes être épinglé (dans un film) comme une collection de papillons", écrit-elle dans sa critique de Lil Bub & Friendz. "Au lycée, je gaspillais mon temps sur le site 4chan, et je voyais des idées naître, croître quelques heures, et mourir". Désormais, écrit-elle, "Lil Bub va vivre éternellement dans un documentaire". Ironiquement, pour des raisons de droits, ce film est désormais la seule vidéo de chats impossible à partager sur les réseaux sociaux.

Il en sera de même pour l'éventuel film Grumpy Cat qui ne sera sans doute pas offert gracieusement à tous les fans de l'animal. Un comble pour un produit d'une culture basée sur la viralité et la créativité, qui se soucie peu des questions de droits et d'argent. Malgré cela, il est bel et bien possible de faire payer les amateurs de vidéos de chats en ligne. C'est ce qu'a fait le Walker Art Center de Minneapolis le 28 août 2012, en organisant le premier festival consacré aux exploits félins sur pellicule. Avec plus de 10 000 vidéos envoyées et autant d'entrées à 10 dollars, l'évènement fut un succès, comme le raconte Slate.fr. A la fin, comme à Cannes, l'une de ces vidéos a été distinguée, et un prix d'honneur a été remis à feu Keyboard Cat. Et comme à Cannes, il y avait des stars, dont Lil Bub et son propriétaire, Mike Bridavsky. C'est d'ailleurs sur la Croisette qu'une Palme Cat non-officielle a été remise par le site Accreds, un prix factice inspiré par la déjà parodique Palm Dog, remise à Cannes depuis 2001. Autour d'une pizza, le jury improvisé a décerné le prix au chat roux du nouveau film des frères Cohen, Inside Llewin Davis. L'année prochaine, Grumpy Cat compte bien le rafler à son tour.

Lucas Godignon (stagiaire)

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