Le film de la semaine: White Bird in a Blizzard, la fin de l'innocence

12/11/14 à 12:14 - Mise à jour à 15:10

Source: Focus

DRAME/THRILLER | Avec ce portrait sensible d'une jeune femme surprise par les premiers frimas de l'âge adulte, Gregg Araki écorne le bonheur en trompe-l'oeil d'une Amérique aux rêves réfrigérés.

Le film de la semaine: White Bird in a Blizzard, la fin de l'innocence

White Bird in a Blizzard © DR

Prenant pour cadre l'Amérique des suburbs de la fin des années 80, le film, adaptation du roman de Laura Kasischke, dresse le portrait d'une jeune femme (Shailene Woodley, en pleine ascension) embrouillée par la disparition aussi soudaine qu'inexpliquée de sa mère (Eva Green, étourdissante en desperate housewife au bord de la crise de nerfs), point de départ d'un lézardage en règle de la normalité américaine... Effacement de la mère, affirmation de la fille: de ce ballet irréel des corps, Gregg Araki tire un rêve de film hanté par le deuil, à la beauté plastique reminiscente d'un certain âge d'or hollywoodien. Largement moins trash et allumé qu'à l'époque de sa Teenage Apocalypse Trilogy, le cinéaste californien ne s'approprie pas moins son sujet en y appliquant sa propre grammaire cinématographique, et son style unique, beau et toc à la fois, glissant trouble, étrangeté et perversion au coeur de son récit dramatique, et signant là son oeuvre la plus aboutie depuis Mysterious Skin (2004), sommet incontestable de sa filmographie. Avec un bonheur quasiment fétichiste, Araki s'empare ainsi de la banlieue pavillonnaire américaine comme d'une boule à neige en plastique transparent, agitant son décor de carton-pâte à l'horizon désespérément bouché pour voir ce qu'il en tombe: secrets, mensonges et déviances, rien de bien glorieux, donc. Actant la cruelle désillusion d'une certaine middle-class US bercée de vaines chimères, une chronique eighties drôle et sensible, kitsch et grotesque, auscultant non sans malice les affres glacées qui sommeillent sous la surface des choses et des êtres.

  • DE GREGG ARAKI. AVEC SHAILENE WOODLEY, EVA GREEN, CHRISTOPHER MELONI. 1H31. SORTIE: 12/11.
  • Dans le Focus du 7 novembre, l'interview de Gregg Araki, sa filmo...

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