Kill List, Marfa Girl... La distribution cinéma court-circuitée

09/01/13 à 15:26 - Mise à jour à 15:25

À l'image du sulfureux Kill List, paraissant simultanément en salles, VOD et DVD, des films pas négligeables ignorent le système ordinaire de distribution et d'exploitation.

Kill List, Marfa Girl... La distribution cinéma court-circuitée

Kill List © DR

L'année cinématographique à peine entamée s'est déjà trouvé un premier ovni, du genre brutal et sulfureux. Et Kill List ne se contente pas de faire fort dans ses images. Il se pique aussi d'opérer une sortie des plus originales, puisqu'il paraît simultanément dans une salle bruxelloise (l'Actor's Studio), à la vente au format DVD et Blu-ray Disc, et en VOD (vidéo à la demande sur les chaînes Belgacom TV, VOO, UniversCiné, DVD Post et Telenet)! Le distributeur belge du film, Cinéart, a pris sa décision pour maximaliser l'impact d'un petit film "méchant", voire choquant par sa violence, et qui n'aurait sans doute pas reçu sa chance sur de nombreux écrans commerciaux. Et aussi pour créer l'événement à quelques encablures de la sortie -normale, elle- du film suivant de Ben Wheatley, la comédie d'humour noir Sightseers (Touristes). Faire travailler son imagination, aligner les paramètres et en optimiser l'application, comme ici la combinaison, relève du bon marketing. Lequel est de plus en plus crucial en matière de distribution cinématographique, en Belgique comme ailleurs.

Si l'exemple de Kill List est frappant, il n'en est pas pour autant isolé. Voici trois ans, le faux documentaire "culte" de notre compatriote Vincent Lannoo, Vampires, s'était rendu disponible en VOD avant même de trouver une salle pour le sortir "en réel". Un pari induit partiellement par les difficultés du marché, toujours aussi peu accueillant envers les productions belges francophones les plus personnelles. Mais aussi un essai tactique, visant à séduire le spectateur potentiel en lui laissant la liberté de choisir "sa" séance à lui tout seul, dans l'espoir aussi d'un bouche-à-oreille dont le film pourrait profiter lors de son apparition plus tardive en DVD. D'une toute autre dimension par le battage médiatique et le nom du réalisateur impliqué, le documentaire écolo (vrai, celui-ci) de Yann Arthus-Bertrand, Home, s'était exposé simultanément, au printemps 2009, sur les écrans des cinémas de 50 pays, en DVD et lors d'une diffusion en "prime time" sur une grande chaîne nationale française. Ce qui s'appelle ratisser large, et faire le buzz en fixant qui plus est l'événement au 5 juin, journée mondiale de l'environnement!

Le Net, nouvel espoir?

Peu de réalisateurs majeurs ou reconnus sont jusqu'ici sortis de la logique habituelle qui fait se suivre en cascade distribution en salles, sorties DVD/Blu-ray, VOD et programmation télévisée classique. Parmi les exceptions, il faut signaler tout d'abord Steven Soderbergh. Lequel, en grand précurseur, décida le premier, voici huit ans déjà, de réserver à son film Bubble une triple sortie en salles, DVD et VOD. Une expérience faite sur une oeuvre à petit budget, jouée par des interprètes amateurs. Sûr que le très prolifique et très intelligent cinéaste américain voulut faire à peu de frais une expérience (pas forcément couronnée de succès), même s'il mit à l'époque en avant, comme raison principale, de lutter contre le risque de piratage de son film... Le cas le plus récent, le plus intéressant aussi, est celui de Larry Clark, le très fameux et très controversé photographe passé à la réalisation de films prenant l'adolescence pour sujet fétiche (Kids, Bully, Ken Park, Wassup Rockers). Le turbulent et dérangeant artiste n'a pas sorti son nouveau film, Marfa Girl, dans les cinémas, mais directement sur... Internet. Le 20 novembre dernier, l'oeuvre était télé-chargeable pour une poignée de dollars, et pour 24h. Clark revendique son initiative sur le mode provocateur, comme un "fuck" lancé à Hollywood et à des distributeurs qualifiés d'"escrocs". La perspective de pouvoir ignorer le système des "ratings" a pu aussi jouer. Mais l'expérience ouvre-t-elle des perspectives vraiment attirantes, la rendant transposable en tant que modèle alternatif? Pas certain! Car si les plus jeunes ont d'ores et déjà pris l'habitude de voir les films sur le Net, les cinéphiles plus âgés qui suivent le travail de Larry Clark et de la plupart des réalisateurs de pointe ne s'y feront pas si facilement que ça. Court-circuiter le système de distribution traditionnel est une idée bien excitante. Mais qui mettra du temps à devenir une réalité viable.

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