Kaboom: insouciance, jouissance, fantasmes... et angoisse apocalyptique

08/12/10 à 10:33 - Mise à jour à 10:33

Le cinéaste américain Gregg Araki renoue avec une inspiration voisine de celle de sa teen apocalypse, et signe avec Kaboom un film déchaîné, complètement allumé et franchement drôle.

Kaboom: insouciance, jouissance, fantasmes... et angoisse apocalyptique

© DR

On pouvait compter sur Gregg Araki, cinéaste dont les films taquinent avec insistance l'imprévisible, pour nous emmener là où on ne l'attendait sans doute plus. Le croyait-on rangé des déjantées affaires de ses débuts dans la foulée du remarquable autant que respectable Mysterious Skin? Voilà qu'il choisit de renouer, à l'occasion de Kaboom, avec l'inspiration de sa trilogie Teen Apocalypse, celle qui, au coeur des années 90, l'avait conduit de Totally F**ed up à The Doom Generation, et bientôt jusqu'à Nowhere. Soit autant de films en prise sur le chaos avec lesquels ce nouvel opus partage notamment une esthétique, pop, un esprit, déjanté, et une liberté, totale. De quoi faire soupirer d'aise les aficionados du réalisateur américain.

Kaboom a pour cadre un campus où Smith (Thomas Dekker), jeune homme inscrit en études cinématographiques, consacre l'essentiel de son temps à ne rien faire, ou à peine plus, ce qui recouvre en gros le désoeuvrement narquois en compagnie de sa meilleure amie, Stella (Haley Bennett), et la quête effrénée du plaisir, solitaire ou en duo avec sa copine London (Juno Temple), voire plus si affinités et sans distinction de sexe; activité à laquelle il associerait d'ailleurs volontiers son colocataire surfer, Thor (Chris Zylka). Cet horizon d'insouciance, de jouissance et de fantasmes se voile toutefois lorsque, sous l'effet de "space cookies", Smith accède à une autre dimension, où il assiste au meurtre énigmatique d'une jeune femme rousse du fait d'hommes arborant des masques d'animaux, vision qui ne cesse ensuite de le hanter, non sans interférer toujours plus avec son quotidien.

La promesse du néant

Résolument flashy autant que doucement survolté, Kaboom arpente des horizons narratifs multiples, glissant de la teen comedy détournée et sexy au crescendo paranoïaque sur arrière-plan de théorie du complot, pour culminer dans une apothéose saturée de fureur apocalyptique. Le délire n'est certes jamais fort éloigné dans ce film ostensiblement barré, il se crible, devant la caméra d'Araki, de l'expression sourde de l'angoisse produite par un néant dont la promesse n'a jamais été aussi imminente.

Considération latente qui n'ôte rien, toutefois, à l'énergie rock'n'roll débridée (soutenue par une bande-son ad hoc) ni à la drôlerie stimulante d'une oeuvre comme l'on n'en voit, faut-il le dire, que fort peu. Et qui, de la célébration d'une sexualité décomplexée à sa liberté joyeusement iconoclaste déclinée tous azimuts, témoigne, d'un plan à l'autre et à l'encontre de l'orthodoxie mainstream, de la foi de son réalisateur en un cinéma au profil toujours audacieux et aventureux. Jusqu'à, d'ailleurs, inclure un hommage au Chien andalou de Bunuel.

Film gonflé comme intrigant, trip halluciné autant qu'hallucinant, Kaboom ressemble à du David Lynch sous acide, tout en se révélant arakien en diable; on s'y égare non sans délectation...

Kaboom, de Gregg Araki, avec Thomas Dekker, Juno Temple, Haley Bennett. 1h26.

Jean-François Pluijgers

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