Johnny Depp, l'acteur d'un seul rôle?

10/11/15 à 12:43 - Mise à jour à 14:10

Source: Focus Vif

Alors que la bande-annonce d'Alice de l'autre côté du miroir est sortie il y a quelques jours, force est de constater que Johnny Depp n'est pas prêt d'abandonner les costumes de personnages extravagants auxquels il s'est habitué. Trop, c'est trop?

Johnny Depp, l'acteur d'un seul rôle?

Johnny Depp grimé en Chapelier Fou dans Alice au pays des merveilles. © Walt Disney Pictures/The Zanuck Company

Tout avait pourtant si bien commencé pour l'acteur à la tête du classement IMDB des plus grandes stars des 25 dernières années. Après un succès fulgurant au début des années 90 grâce à la série 21 Jump Street, Johnny Depp rechigne à s'enfermer dans son rôle de beau gosse qui fait fondre les adolescentes et choisit un chemin plus sinueux. Il se dirige alors vers des réalisateurs comme John Waters, Tim Burton, Emir Kusturica ou Jim Jarmusch, fuit les grosses productions de l'époque et réalise quelques-unes de ses plus grandes performances. Notons par exemple Edward aux mains d'argent ou son interprétation hallucinante de Raoul Duke dans Las Vegas Parano, de l'ex Monty Python Terry Gilliam.

Mais sont ensuite arrivées les années 2000 et leur lot d'interprétations fantasques mais somme toute relativement creuses. En 2003, Johnny Depp enfile ses dreadlocks et incarne pour la première fois le Capitaine Jack Sparrow dans le blockbuster Pirates des Caraïbes, La Malédiction du Black Pearl. Le film est un succès majeur au box-office sur lequel les studios Disney continuent de surfer puisqu'un 5e film est en cours de tournage. Depuis lors, Depp ne semble plus pouvoir se débarrasser du personnage inspiré par Keith Richards. Certains semblent même voir des bribes piratesques dans ses autres films. Comme si l'acteur n'était plus bon qu'à jouer ce rôle.

Pour Henry Barnes, journaliste cinéma pour The Guardian, Sparrow marque le début de la fin dans la carrière, à l'origine pourtant éclectique, de Johnny Depp. "Sparrow est une bizarrerie, pas un personnage", écrit-il. "Ses collaborations avec Tim Burton ont souffert de la même façon", explique le journaliste qui estime que Depp a abandonné la profondeur des personnages en échange des piètres costumes d'Halloween qu'il porte dans Charlie et la chocolaterie, Alice au pays des merveilles ou Dark Shadows. Et le critique est loin d'être le seul à regretter les débuts de carrière de l'acteur que l'on disait rebelle. "Est-il inévitable que les acteurs talentueux d'Hollywood ne deviennent que des caricatures d'eux-mêmes, questionne Anne Billson, journaliste au Telegraph, après la sortie de Mortdecai. Il n'y a pas si longtemps, explique-t-elle, Johnny Depp "choisissait ses rôles en sortant des sentiers battus et cela portait ses fruits." Mais voilà que Johnny Depp ajuste son chapeau de pirate pour une 5e fois.

Henry Barnes, s'exprimant directement à l'acteur, modère cependant ses propos: "De temps en temps, tu te frottes à quelque chose de génial", exprime-t-il en parlant de Rango ou de Black Mass, dans lequel Johnny Depp est à nouveau méconnaissable. "Mais lorsque je regarde à l'horizon, je vois Pirates des Caraïbes 5 et Alice au pays des merveilles 2. Enorme rappel que ton talent n'égale que ton incapacité à dire non", regrette Barnes qui conseille notamment à l'acteur de rompre avec Tim Burton, de nager à contre-courant du raz-de-marée Pirates des Caraïbes, de résister à toute forme de sequel à l'exception de Rango 2, de tourner avec un nouveau réalisateur ou encore d'aider Terry Gilliam à terminer Lost in la mancha, l'impossible tournage sur lequel Gilliam se casse les dents depuis de nombreuses années. Le journaliste propose également à l'acteur de joindre une clause dans son contrat lui interdisant l'utilisation de toute prothèse nasale ou d'accent douteux dans ses films.

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