Festival de Deauville: Tentative de tuer un porc de manière cachère

06/09/17 à 13:31 - Mise à jour à 13:31

Plongée enthousiasmante au coeur de la communauté juive ultraorthodoxe new-yorkaise et ses codes spécifiques avec Brooklyn Yiddish, huitième film de la Compétition deauvillaise.

Festival de Deauville: Tentative de tuer un porc de manière cachère

Brooklyn Yiddish (Menashe), de Joshua Z Weinstein. © DR

Il existe un dicton yiddish qui dit: "On ne peut pas tuer un porc de manière cachère." C'est pourtant, symboliquement et de son propre aveu, ce qu'a tenté de réaliser le documentariste Joshua Z Weinstein avec son premier long métrage de fiction, dont il se plaît à souligner lui-même les belles contradictions: Brooklyn Yiddish (Menashe, du nom de son personnage principal, en version originale) est un film religieux réalisé par un homme de peu de foi, figurant à l'écran une communauté qui préfèrerait échapper aux radars du cinéma. Soit, au coeur de Borough Park, le quartier juif ultraorthodoxe de Brooklyn, l'histoire d'un modeste employé d'épicerie, gros nounours bedonnant et cramoisi toujours un peu à côté de la plaque qui tente d'obtenir la garde de son jeune fils après la mort de sa femme. La Torah, en effet, stipule qu'un père ne doit pas rester seul. Mais Menashe, pour qui l'existence ressemble à une dure lutte, un chapelet sans cesse répété d'erreurs, d'échecs et de regrets, peine à se conformer aux préceptes rigides de la tradition hassidique, vivant mal la pression communautaire. "Ne te marie pas. C'est meilleur pour la santé", lance-t-il ainsi à un vieil orphelin qui fait l'aumône pour obtenir un jour la chance de pouvoir convoler en justes noces...

De ce contexte très singulier, Weinstein tire un récit aux accents universels sur la difficulté d'évoluer au sein d'un monde où l'on se sent inadapté et contraint, aidé en cela par un formidable interprète, Menashe Lustig, dont la vie a inspiré l'écriture et le tournage du film dans une logique quasi documentaire. Brooklyn Yiddish trouve le ton juste, sans facilités ni pesanteurs mélos, et confirme, si besoin était, l'enthousiasmante vitalité du jeune cinéma indépendant américain.

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