Daniel Craig, James Bond 006

26/10/12 à 11:39 - Mise à jour à 11:39

En trois films, le sixième Bond de l'histoire n'a pas seulement imprimé sa griffe sur 007, il est aussi devenu un maillon essentiel de la franchise qui fête son 50e anniversaire avec le magistral Skyfall. Rencontre.

Voilà tout juste 50 ans (c'était le 5 octobre 1962 à Londres, soir de la première de Dr No) que 007 enfilait pour la première fois à l'écran ses habits d'espion de charme de Sa Majesté, viril et madré qui plus est -profil avenant qui allait en faire mieux qu'une légende, un mythe de cinéma. Vingt-trois films plus tard, le héros imaginé par Ian Fleming n'a pas pris une ride, ou alors si peu; tout au plus a-t-il usé cinq acteurs avant que Daniel Craig ne reprenne le flambeau, en 2006. Adapté du premier roman de Fleming, Casino Royale voyait alors Bond opérer un salutaire autant qu'indispensable retour à ses fondamentaux, venu rendre des couleurs à une franchise qui s'essoufflait insensiblement. Quant à Craig, il trouvait immédiatement ses marques, rendant le personnage à sa dureté originelle.

L'acteur anglais n'allait pas en rester là. S'il incarne toujours l'agent secret avec une même rugosité -et cela pour encore deux aventures au moins-, une évidence s'impose, alors qu'on rencontre l'équipe du film en juin, à Londres, dans la perspective de la sortie de Skyfall: Bond, c'est lui, bien au-delà de l'écran. Un exemple? Pour ce 23e épisode, un film d'autant plus attendu qu'il coïncide avec un anniversaire prestigieux, Craig ne s'est pas contenté d'approcher Javier Bardem, venu lui offrir une réplique digne du Joker de Heath Ledger dans The Dark Knight, il en a aussi suggéré le réalisateur, Sam Mendes. Et ce ne sont là que les marques les plus visibles d'une implication dont chacun s'accorde pour dire qu'elle est de chaque instant: "Quand on voit à quel point il bosse dur pendant des mois, on ne peut, à son côté, que se considérer comme un soldat prêt à le suivre", observe l'acteur espagnol. "Daniel a de bonnes idées, et de bonnes suggestions; ce n'est pas le genre d'acteur à se contenter de réciter ses répliques avant de repartir", ajoute pour sa part la productrice Barbara Broccoli. Daniel Craig, quant à lui, évoque pragmatisme et méthode: "Bond prend une grande partie de mon existence. Et s'il prend une part aussi significative de ma vie, il faut que je sois impliqué. Quand Barbara et moi avons discuté, il y a bien longtemps, de l'éventualité de me voir jouer James Bond, je lui ai dit qu'il était indispensable que j'aie une prise sur le personnage, et que je sache de quoi il retourne. Je ne connais pas d'autre manière de procéder."

Si chaque nouveau film de la série reste un événement, Skyfall n'est pas qu'un Bond de plus, anniversaire oblige. "Il fallait élever le niveau, faire un film meilleur que les précédents", opine Craig, martelant le désir de servir un classique, après un Quantum of Solace plutôt fraîchement accueilli, il est vrai. Perspective que l'on crut réduite à néant en 2010, lorsque Bond risqua d'être emporté dans la tourmente de la faillite de la MGM: "Ce fut un moment délicat, concède Barbara Broccoli. Après la banqueroute, les projets en cours ont été mis en attente. Une situation inextricable pour nous, alors que nous travaillions déjà sur le scénario, et que Sam Mendes avait marqué son intérêt. Et rendue d'autant plus périlleuse que nous tenions absolument à avoir un film pour cet anniversaire..."

Une question de parfum

Le ciel se dégagera quelques mois plus tard avec la sortie de crise de la MGM, la période de flottement étant mise à profit pour peaufiner le scénario, tandis que Daniel Craig se replongeait dans les romans de Fleming, histoire, explique-t-il, d'en retrouver le parfum. "C'est un bon point de départ. Une fois que le scénario prend forme, on se met à en discuter les détails, et si vous avez ce background à l'esprit, cela aide, même si de manière plus diffuse que directe." S'agissant de 007, les romans ne constituent pas l'unique référence; il y a aussi tout l'héritage cinématographique charrié depuis 50 ans et la première fois que Sean Connery prononça la formule magique: "My name is Bond. James Bond." A tel point qu'on peut légitimement se demander s'il n'y a pas eu là, avec le temps, un fardeau toujours plus lourd à porter. "Ce n'est pas un fardeau, même si on a conscience de cet héritage, tempère l'acteur. C'est comme avec les romans, vous vous en imprégnez, avant de revenir à ce qui vous occupe. Et c'est cela qui permet qu'il y ait ces moments estampillés Bond dans le film. Mais ils ne peuvent s'y trouver que si tout le reste fonctionne: il faut s'appuyer sur des bases solides, tant en termes d'histoire que de personnages."

Corollaire de la précédente se pose aussi la question de l'extraordinaire longévité de Bond, plus ancienne franchise du grand écran, sans que son succès se soit jamais démenti, qui plus est. Une résistance aux outrages du temps que Daniel Craig attribue à un faisceau de raisons: "Il y a une consistance, d'abord. Les films ont toujours été super, ou au moins bons, et se sont vu accoler la réputation d'en donner autant que possible au public. On passe un grand moment en les voyant, et c'est là l'oeuvre de producteurs qui ont su leur insuffler ce quelque chose qui fait la différence. Et puis, sans qu'il soit aisé de dire précisément de quoi il s'agit, il y a encore l'écriture de Ian Fleming et, sans doute, l'excellence de l'interprétation originelle de Sean..." On y ajoutera la faculté qu'a Bond, depuis quelque temps, à se réinventer. Ce que le Skyfall de Sam Mendes vient magistralement démontrer. "Sam est un réalisateur anglais qui, comme moi, a grandi en regardant des films de Bond. J'avais déjà travaillé avec lui (sur Road to Perdition, ndlr). Fort de cette expérience commune, je savais qu'il serait capable de tourner les scènes d'action, et qu'il s'acquitterait facilement du b.a.-ba. Mais il y avait aussi ce qu'il pouvait apporter en plus au film. La proposition me paraissait particulièrement stimulante." La vision du film en apporte une confirmation limpide: touché, Mr Bond...

Rencontre Jean-François Pluijgers, à Londres

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