[Critique ciné] Prendre le large, inégal mais touchant

21/11/17 à 12:00 - Mise à jour à 14/11/17 à 12:28
Du Le Vif Focus du 10/11/17

DRAME | Le nouveau film de Gaël Morel s'appuie sur une réalité tragique, celle d'une industrie textile sinistrée, où il travailla lui-même comme ouvrier.

[Critique ciné] Prendre le large, inégal mais touchant

Une usine textile en France. Un plan social. Un de plus. Une délocalisation, aussi et encore. Au Maroc. Parmi les ouvrières menacées de licenciement, une seule acceptera la proposition de suivre son travail de l'autre côté de la Méditerranée, pour un salaire marocain et des conditions d'emploi locales. Éloignée de son fils, sans autre attache intime, elle préfère au chômage une expatriation chargée d'interrogations... Singulière histoire que celle d'Edith, jouée par une Sandrine Bonnaire habitée. Gaël Morel (Après lui, avec Catherine Deneuve) aime les personnages féminins complexes, travaillés de questionnements douloureux, capables d'audace et indifférentes au regard des autres. Son nouveau film s'appuie sur une réalité tragique, celle d'une industrie textile sinistrée, où il travailla lui-même comme ouvrier. Et aussi sur les propositions indécentes faites par un patronat cynique "invitant" les travailleurs à quitter le pays en même temps que leur statut social. Morel met un coeur évident à suivre son héroïne dans un Maghreb qu'elle découvre et apprend à aimer. Il laisse aussi, malheureusement, ses (bonnes) intentions dominer la trame d'un récit devenant par endroit très démonstratif. Bonnaire s'engage à fond, presque aussi opaque et déterminée qu'à l'époque où elle jouait la routarde de Sans toit ni loi d'Agnès Varda. Dans un film inégal mais touchant dans ses élans solidaires, elle trace son chemin. De quoi vibrer tout en réfléchissant à ce que révèle Prendre le large, à rebours des clichés confortables et des discours lénifiants.

De Gaël Morel. Avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri. 1h43. Sortie: 15/11. ***

Nos partenaires