[Critique ciné] Passengers, trop cliché

27/12/16 à 13:46 - Mise à jour à 28/12/16 à 13:47

SCIENCE-FICTION | Comme son héros, et malgré une captivante entame, Morten Tyldum se perd dans un film trop cliché.

[Critique ciné] Passengers, trop cliché

Jennifer Lawrence et Chris Pratt dans Passengers de Morten Tyldum. © DR

Combien de cinéastes scandinaves brillants sur leur terrain d'origine se sont-ils égarés à Hollywood où les avaient appelés les sirènes du succès? Lasse Hallström, le réalisateur suédois de l'épatant My Life as a Dog, s'y est perdu artistiquement (mais pas financièrement). Son compatriote Bille August, doublement palmé d'or à Cannes, ne fit guère mieux. Et même le Danois surdoué Thomas Vinterberg, révélé par Festen, se fracassa sur l'industrie américaine et dut revenir au pays pour retrouver son art. Ces exemples auraient pu alarmer Morten Tyldum, Norvégien propulsé voici cinq ans vers une reconnaissance internationale par sa percutante satire criminelle et sociale Headhunters. Invité à Hollywood, il y a signé d'abord un Imitation Game honorable mais manquant de mordant. Le voici maintenant aux commandes d'un film de science-fiction au budget plus que confortable (120 millions de dollars, soit largement plus que l'ensemble de la cinématographie norvégienne sur un an!). Passengers nous emmène à bord d'un vaisseau spatial du futur, une sorte de paquebot emmenant un peu plus de 5.000 personnes vers une planète colonisée, située tellement loin de la Terre qu'équipage et passagers sont plongés dans un sommeil de 120 ans. Une collision avec une météorite causera une avarie, laquelle entraînera le réveil d'un des passagers 90 ans trop tôt.

Amour de perdition

[Critique ciné] Passengers, trop cliché

Voici donc Jim Preston (joué par Chris Pratt) condamné à mourir à bord, avant d'avoir pu atteindre sa destination. Le huis clos commence bien, avec un mélange d'angoisse et de touches humoristiques (dont l'apparition d'un barman robot campé par Michael Sheen). Les vains efforts du héros pour changer le cours des choses créent une tension qu'accueillent bien de superbes décors futuristes. Et quand au bout d'un an, Jim envisage de réveiller avant terme une jolie passagère (écrivaine de profession et jouée par Jennifer Lawrence), le cas de conscience qui se pose à lui génère un intéressant suspense. C'est pourtant à partir de là que le spectateur se retrouve à son tour dans une situation bloquée, pénible. Une avalanche de clichés sentimentaux s'abat sur un film qui devient aussi vide que le vaisseau Avalon, même si désormais deux humains l'habitent... La science-fiction et le dilemme existentiel ont cédé la place à une histoire d'amour ultra-conventionnelle, déséquilibrée par la différence de talent dramatique entre le beau gosse limité qu'est Chris Pratt et la comédienne tout-terrain qu'est Jennifer Lawrence. La petite touche écolo finale n'étant qu'une convention de plus, paresseusement déposée sur un film dont la deuxième heure est une longue épreuve. Morten Tyldum n'a pas su ou pu résister à la paresse accablante du film à formule tel que Hollywood en produit à la chaîne. Entre l'abdication confortable d'un Lasse Hallström et le retour aux sources salvateur d'un Thomas Vinterberg, le Norvégien va devoir -à 50 ans- faire son choix...

DE MORTEN TYLDUM. AVEC JENNIFER LAWRENCE, CHRIS PRATT, MICHAEL SHEEN. 1H56. SORTIE: 28/12. **

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