Critique ciné: Le Passé

28/05/13 à 12:16 - Mise à jour à 31/01/14 à 12:15

Le réalisateur iranien d'une séparation réussit en France un drame intimiste captivant comme un thriller. S'en dégage une émotion rare.

Critique ciné: Le Passé

Le Passé © DR

Quand il débarque à Paris, Ahmad croit n'être là que pour un acte administratif: la signature des papiers de divorce d'avec Marie, son ex-épouse française. Ils ont vécu quatre ans ensemble dans la capitale française, avec les deux filles qu'elle avait d'une précédente union. Puis ce fut la séparation, et le retour à Téhéran pour Ahmad. La pure formalité à laquelle ce dernier pense devoir seulement souscrire n'est en fait qu'un prétexte utile pour l'amener à revenir dans la petite maison de banlieue où il vécut, et où s'installent au même moment le nouveau compagnon de Marie, Samir, et son jeune fils Fouad. Son ex explique à Ahmad que Lucie, l'aînée de ses filles, va mal. Et comme l'adolescente en crise était très attachée à l'homme, Marie lui demande de bien vouloir lui parler, savoir ce qui ne va pas. Ce qu'il va découvrir en dialoguant avec la jeune fille, puis avec les autres participants de ce qui devient peu à peu un thriller intime, emmènera Ahmad dans une suite de révélations aux accents dramatiques, voire tragiques. Un écheveau de secrets, de malentendus, de regrets et de doutes dont l'invité d'Iran sera le catalyseur...

Après la séparation

Le film précédent d'Asghar Farhadi, l'extraordinaire Une séparation, chroniquait la fin d'un couple. Le Passé imagine un autre couple, conjugué au passé. Il nous invite à plonger, sur les pas d'un étranger si proche, inspirant les confidences de toutes et de tous, dans un imbroglio de sentiments et de frustrations comme en contiennent tant de vies, mais que l'art d'un cinéaste décidément formidable transforme en matière à enquête, à suspense et à rebondissements jusqu'à une fin si bouleversante qu'elle nous laisse émus bien au-delà du générique final. Farhadi, qui filmait si bien l'Iran, ses tensions et ses contradictions (aussi dans La Fête du feu et A propos d'Elly), a pris le risque de venir tourner en France et en français, une langue qu'il ne parle pas. La réussite de son film est à la mesure du pari... et d'un Paris cadré en marge des clichés touristiques mais aussi architecturaux, sinon sociologiques. Une métropole métissée, où les cultures se mélangent sans que l'essentiel ne change. L'essentiel, c'est-à-dire la quête de bonheur, d'harmonie, de bien faire, quand tant conspire à nous en éloigner... à commencer par nous-mêmes. Si Ali Mosafa, inconnu ici mais comédien fameux en Iran, joue remarquablement le personnage d'Ahmad, Bérénice Bejo (The Artist) révèle dans le rôle de Marie une capacité à entrer dans le réel, dans la déchirure intime, que le cinéma français n'avait jamais testée jusqu'ici. Utilisant à merveille les fragilités enfantines de Tahar Rahim (Un prophète), Asghar Farhadi offre aussi à la toute jeune actrice belge Pauline Burlet un personnage de Lucie qu'elle incarne à merveille, se posant en grande promesse du cinéma de demain.

Louis Danvers

D'Asghar Farhadi avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa, 1h49 sortie 29/05

Nos partenaires