[Critique ciné] All the Money in the World: on connaît la rançon

27/12/17 à 11:08 - Mise à jour à 02/01/18 à 11:22
Du Le Vif Focus du 22/12/17

DRAME/THRILLER | L'argent qui rend fou est le sujet fort d'un -bon- film sur un fait divers célèbre qui a secoué l'Italie dans les années 60.

[Critique ciné] All the Money in the World: on connaît la rançon

Rome a encore des allures de Dolce Vita, en 1973, treize ans après le chef-d'oeuvre de Fellini. Ridley Scott le voit ainsi, pour ouvrir son nouveau film d'un travelling éminemment référentiel, passant insensiblement du noir et blanc à la couleur tandis qu'un jeune homme aux cheveux longs arpente une rue entre terrasses où l'on dîne et belles voitures passant lentement. L'adolescent se fait appeler Paul ou Paolo, mais son passeport affiche l'identité de John Paul Getty, troisième du nom. C'est le petit-fils de l'homme le plus riche au monde. Dans quelques instants, il sera kidnappé. Ainsi commencera un des faits divers les plus marquants de la seconde moitié du XXe siècle...

Dix-sept ans et deux millénaires après Gladiator, l'aîné des frères Scott revient donc à Rome, sans rien avoir perdu de son flair esthétique. Dès les premières images, All the Money in the World pose avec éloquence son enjeu cinématographique. De la capitale à la rude Calabre où ses ravisseurs emmènent leur proie, en passant par le manoir anglais où réside le plus souvent le grand-père, la surface des apparences masquera de plus en plus mal la réalité d'un monde où la folie de l'argent et l'avidité sans fin dominent tout au risque de briser des vies, des familles, en toute inhumanité.

[Critique ciné] All the Money in the World: on connaît la rançon

© DR

L'intime et la fresque

Des jours, des semaines, des mois s'écoulent. La mère de l'otage (jouée par Michelle Williams) n'a pas l'argent nécessaire pour payer la rançon. Et son ex-beau-père, pourtant richissime (Christopher Plummer), refuse de payer. Un employé du milliardaire (Mark Wahlberg), ex-agent de la CIA, sera chargé de négocier, de gagner du temps tout en cherchant à remonter la piste des criminels qui détiennent Paul (Charlie Plummer). Ridley Scott mène à bon rythme un récit à suspense et à rebondissements, s'accordant, vis-à-vis des faits avérés, une licence artistique jamais exagérée. Il use du montage parallèle et du flash-back avec une efficacité certaine, affichant la maîtrise d'un vétéran -il a 80 ans depuis le 30 novembre!- qui brûle toujours d'un désir de grand cinéma, capable d'inscrire un drame intimiste dans une fresque historique et sociale. Par-delà une anecdote prenante en soi, le rapt du petit-fils du magnat du pétrole, survenant en pleine époque de révolte politique, lui offre une mine de résonances dont il tire un parti appréciable, plongeant le spectateur dans "les eaux glacées du calcul égoïste" dénoncées voici 170 ans par un certain Karl Marx. On pardonnera à Sir Ridley certaines lourdeurs et quelques moments d'emphase pour apprécier un film qui révèle au passage l'origine des collections prodigieuses exposées aujourd'hui dans les deux musées Getty de Los Angeles. Un film qui entrera aussi dans l'Histoire pour avoir effacé un acteur (Kevin Spacey) et l'avoir remplacé digitalement par un autre (Christopher Plummer). Une opération délicate, qui ne se remarque presque pas...

All the Money in the World, de Ridley Scott. Avec Mark Wahlberg, Michelle Williams, Christopher Plummer. 2h19. Sortie: 27/12. ***(*)

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