[Critique ciné] Alien: Covenant, blockbuster schizophrène

17/05/17 à 10:07 - Mise à jour à 10:16
Du LeVif Focus du 19/05/17

HORREUR/SF | Avec Covenant, suite du prequel Prometheus, la saga Alien renoue -enfin!- avec une certaine idée du vertige. Avant de tout gâcher, ou presque...

[Critique ciné] Alien: Covenant, blockbuster schizophrène

En hors-d'oeuvre, deux personnages introduits par Prometheus: l'androïde David (Michael Fassbender) et Peter Weyland, son créateur (Guy Pearce). "Je suis ton père", lance le second au premier dans un clin d'oeil assez grossier à Star Wars. Ouille... Puis retour vers le futur: en 2104, le vaisseau Covenant, dont l'équipage est confié aux bons soins de l'androïde Walter (Michael Fassbender, toujours) et de l'ordinateur de bord... Mother (remember le chef-d'oeuvre séminal de 1979), dévie de sa mission initiale pour explorer la surface d'une planète inconnue qui a tout du jardin d'Éden. Ou presque.

[Critique ciné] Alien: Covenant, blockbuster schizophrène

On l'aura compris, le film, qui s'est un temps appelé Paradise Lost, est à nouveau travaillé par la question atavique des origines. Mais aussi des racines. Pas un hasard, donc, si l'odyssée se déroule au son du Take Me Home, Country Roads de John Denver, ni si l'inénarrable Danny McBride (la série Eastbound & Down) y incarne un cow-boy de l'espace (forcément) un peu plouc répondant au nom de Tennessee. La surprise réside ailleurs: on n'y croyait plus vraiment mais là, sous nos yeux vaguement écarquillés, Covenant est surtout occupé à renouer avec une certaine idée du vertige. C'est d'abord un ballet des corps dans l'espace qui n'a pas grand-chose à envier à Gravity. C'est ensuite une scène ultra crade qui se joue sur fond d'électro malsaine et où la saga se souvient de son ADN premier: l'horreur pure. Les leçons du semi-ratage de Prometheus semblent avoir été bien apprises: anxiogène, viscérale, sans concession, la première heure deCovenant est un sans-faute.

Le sommeil du monstre

Et puis vlan, Ridley Scott retombe dans ses travers récents. Et son bel édifice de s'écrouler comme un vieux soufflé. Pièce maîtresse de Prometheus, Michael Fassbender, dédoublé, cabotine à qui mieux-mieux et emmène le film sur le terrain miné de la pseudo-philosophie et de l'existentialisme pour les nuls, questionnant la frontière entre le biologique et le mécanique, le néant et l'absolu, avec ses gros sabots de marchand de soupe cosmique. Bavard, indigent, inutilement solennel, surexplicatif au possible, Covenant ne suggère alors plus rien, s'étale, se répand, formule les choses dans toute leur littéralité. Évaporé, le mystère laisse place à la banalité la plus prosaïque et ne vibre plus, si ce n'est peut-être le temps de l'émouvante naissance d'un monstre. C'est bien sûr quand il revient vers la peur primale incarnée par la bête, quand il s'autorise à nouveau le flou et l'équivoque, la cruauté et la noirceur, que Scott relève la tête. Mais le film, schizophrène, touche déjà à sa fin. Où l'on se prend à rêver qu'un jour Hollywood réapprenne à se taire, à ne pas tout montrer, redécouvre la formule magique d'un secret oublié: la poésie du blockbuster.

De Ridley Scott. Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Danny McBride. 2h03. Sortie: 17/05. ***

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