Critique ciné: À ciel ouvert

25/02/14 à 17:25 - Mise à jour à 17:25

Source: Focus Vif

DOCUMENTAIRE | Mariana Otero signe un film passionnant sur l'enfance et la différence, en filmant les pensionnaires d'un havre vraiment pas comme les autres.

Critique ciné: À ciel ouvert

À ciel ouvert © DR

Le Courtil se situe à Leers-Nord, rue de la Frontière, entre Tournai et la France. C'est là que Mariana Otero a tourné son nouveau film, A ciel ouvert. Enfants et adolescents sont accueillis dans cette institution aux pratiques originales et ouvertes vis-à-vis de leur différence et des thérapies qui peuvent s'y appliquer. La réalisatrice (fille de peintres et soeur de l'actrice Isabel Otero) y est entrée avec discrétion, modestie, attachant son regard aux plus jeunes pensionnaires du Courtil et offrant aujourd'hui au spectateur une expérience humaine et cinématographique des plus émouvantes, des plus mémorables. Ses films précédents avaient démontré le grand talent de Mariana Otero, notamment La Loi du collège (sur un établissement scolaire réputé "difficile") en 1994 et Histoire d'un secret (sur la mort de sa mère suite à un avortement clandestin) en 2003. "Le projet de départ, c'était d'aller filmer la folie pour essayer d'y comprendre quelque chose", explique la réalisatrice qui, une fois trouvé le lieu particulier de son exploration, s'y est installée d'abord sans matériel, et a "laissé les enfants venir vers (elle), ayant pour principe de ne filmer que des gens qui en manifestent vraiment l'envie". "C'est à chaque fois une rencontre entre ceux que je filme, qui en expriment le désir profond, et moi", commente celle dont le tournage a duré plusieurs saisons et qui a ensuite passé huit mois dans la salle de montage...

Cam au coeur

Une question cruciale posée à tout cinéaste de documentaire est celle de la caméra, de son positionnement, de la conscience qu'en a la personne filmée. Mariana Otero a choisi de ne pas employer de caméra miniature ni encore moins d'appareil photo digital comme beaucoup de réalisateurs en utilisent à présent pour filmer (ainsi Danis Tanovic dans An Episode in the Life of an Iron Picker). Elle voulait que les enfants et aussi les thérapeutes qui apparaissent dans A ciel ouvert soient conscients d'être filmés, quitte à l'oublier au fil du temps, s'étant habitués à la caméra. Pour que celle-ci, de taille respectable, ne lui soit pas arrachée par quelque gosse facétieux, elle l'a attachée sur sa poitrine. Et l'a rapprochée ainsi, de manière voulue ou pas, de ce coeur dont son film est plein. Jusqu'à faire, pour certains enfants (dont la petite Alysson), de la machine à capter les images un instrument thérapeutique... Du cinéma comme celui-ci ne se fait pas qu'avec une caméra et des objectifs. Il ne se regarde pas non plus uniquement avec les yeux.

  • DE MARIANA OTERO. 1H50. SORTIE: 26/02.

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