Cannes, le film du jour (6): Loving de Jeff Nichols, d'une bouleversante beauté

17/05/16 à 16:10 - Mise à jour à 16:10

Jeff Nichols est un auteur prolifique, et trois mois à peine après avoir présenté Midnight Special à Berlin, le réalisateur originaire de Little Rock, Arkansas,retrouvait la Croisette pour Loving, son cinquième long métrage.

Cannes, le film du jour (6): Loving de Jeff Nichols, d'une bouleversante beauté

Jeff Nichols, Ruth Negga et Joel Edgerton pour présenter le film Loving à Cannes. © REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Inscrit dans l'Amérique ségrégationniste des fifties, le film raconte l'histoire vraie de Richard et Mildred Loving, un couple s'aimant et décidant de se marier. Rien que de très naturel, si ce n'est que lui étant blanc et elle noire, leur union tombe sous le coup de la loi dans l'Etat de Virginie en 1958 - "le moineau ne se mélange pas au rouge-gorge", leur assène le flic ayant procédé à leur arrestation. Et d'être condamnés à une peine de prison, avec suspension du prononcé à condition de quitter l'Etat. Exilé à Washington, le couple verra son combat porté jusqu'à la Cour suprême une dizaine d'années plus tard, avec pour résultat un changement de la législation sur les mariages mixtes aux Etats-Unis.

D'un classicisme assumé, Loving envisage cette histoire à hauteur de ce couple se défiant des sunlights: Richie est un maçon doublé d'un homme de peu de mots; sa "brindille" s'occupe de leurs trois enfants, et ils n'aspirent à rien d'autre qu'une vie ordinaire, tout en entendant faire valoir leurs droits. Ce parti-pris intime fait le prix d'un film qui préfère la retenue à la surdramatisation accompagnant généralement ce genre de sujet. Jeff Nichols fait rimer dignité et sobriété, jouant subtilement de l'ellipse pour signer un mélodrame en creux, auquel Edgerton et Ruth Negga apportent la note juste. Moins fulgurant et audacieux que Mud, sans doute, il y a là un film d'une bouleversante beauté.

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