Cannes: Avec Jeannette, Bruno Dumont largue définitivement les amarres

21/05/17 à 14:31 - Mise à jour à 14:31

Source: Focus Vif

Présentée à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise ce dimanche, son enfance de Jeanne d'Arc ne choisit pas entre Dreyer et Metallica. Grâce lui en soit rendue.

Cannes: Avec Jeannette, Bruno Dumont largue définitivement les amarres

Jeannette, de Bruno Dumont © DR

Dans les dunes de Wissant sublimées par une photo solaire, Jeanne d'Arc, 8 ans, s'appelle encore Jeannette, prie, chante, danse, fait la roue ou le grand écart façon JCVD et headbangue comme un ivrogne dans la fosse du Graspop. Bienvenue dans le nouveau film de l'impavide tête chercheuse Bruno Dumont, où le réalisateur de La Vie de Jésus et du P'tit Quinquin pousse joyeusement les curseurs dans le rouge dans un geste de cinéma tellement gonflé qu'il fait la nique à toutes les conventions.

"Jeanne d'Arc est tout et son contraire", dit-il. Son film aussi. À l'écran, le texte de Charles Péguy, empreint de mystère lyrique, est respecté au mot près, et déclamé en toute artificialité quand il n'est pas chanté et dansé. La théâtralité est totale. La drôlerie aussi. Fasciné par les visages, qu'il transfigure, Dumont signe un film-trip au-delà du trip. Les chorégraphies de Philippe Decouflé dépotent de maladresse désarmante tandis que la bande-son d'Igorrr navigue à vue entre musique d'église, metal crasseux, mauvais rap du nord et flamenco revu et corrigé par les cousins dégénérés des Gipsy Kings.

Autant dire que le tchack-boum des sièges désertés n'a pas manqué de résonner dans le Théâtre Croisette ce dimanche matin. Ça tombe bien: on ne peut pas plaire à tout le monde ne cesse d'éructer le Jeannette de Dumont. Alors autant ravir les uns, et puis faire fuir les autres à grandes enjambées catastrophées. Un énorme fuck punk sur la naissance, électrisante, d'une vocation.

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