Benoît Poelvoorde, émotif mais pas trop...

29/12/10 à 12:47 - Mise à jour à 12:47

Sur le plateau des Emotifs anonymes, Benoît Poelvoorde a probablement souffert le martyre, car il s'est retrouvé face à un réalisateur, Jean-Pierre Améris, qui avait besoin de tout prévoir... et de ne pas laisser beaucoup de liberté à ses acteurs. Il n'en demeure pas moins que le résultat est impressionnant, Poelvoorde livrant une prestation aussi drôle que touchante.

Benoît Poelvoorde, émotif mais pas trop...

© DR

C'est un Poelvoorde en super forme qui faisait l'autre jour la promotion des Emotifs anonymes, dans le bar d'un hôtel bruxellois où il a ses habitudes. "L'émotivité est quelque chose qui nous parle à tous. Mais d'une manière aussi excessive que celle évoquée par le film, je ne savais même pas que ça existait!", s'exclame l'acteur, ajoutant "qu'à ce stade-là, c'est carrément angoissant, et Jean-Pierre aurait pu en faire un drame plutôt qu'une comédie..."

Un drame, comme celui où Benoît avait pour la première fois joué avec Isabelle Carré, Entre ses mains d'Anne Fontaine. "C'est Isabelle qui m'a amené vers Les émotifs anonymes, explique Poelvoorde, c'est elle qui a joué l'entremetteuse, qui m'a fait lire le scénario, qui a organisé les premières séances de lecture, avant toute rencontre avec Jean-Pierre. Entre le moment où j'ai accepté de faire le film et celui où il a osé m'appeler, il y a eu un mois. Alors que d'habitude le réalisateur te téléphone dans la minute et te propose de bouffer ensemble... ", confie le comédien, touché et intéressé de découvrir ensuite à quel point Jean-Pierre Améris était lui-même hyperémotif. "Franchement, je pensais qu'il avait changé d'avis. Mais on m'a expliqué que le scénario du film, c'était en partie sa vie! Après, je n'ai eu qu'à l'observer. Et en effet j'ai compris..."

Marionnette

"Ma première question à Isabelle, une fois au courant, a été de savoir comment il était sur un plateau. Parce que j'avais peur qu'il perde les pédales, qu'il panique à la moindre contrariété sur le tournage", se souvient l'acteur, que sa partenaire rassura immédiatement (elle avait déjà tourné avec Jean-Pierre Améris dans un téléfilm de 2007, Maman est folle). "En fait il tient très bien son plateau, poursuit-il, et sans autorité, car il n'a pas besoin d'autorité pour qu'on fasse ce qu'il veut. Les gens qui vous demandent les choses gentiment sont parfois plus dangereux que ceux qui le font durement. Parce qu'on n'ose pas leur refuser grand-chose, qu'on a peur de leur faire de la peine. J'ai dit à Jean-Pierre: "Tu pourrais être un dictateur terrible, car on n'a aucune manière de t'affronter!"

A la fin du tournage, je lui ai dit qu'il se protégeait trop de l'imprévu, qu'à force d'avoir son film précisément dans sa tête il l'avait tellement blindé qu'il devenait presque impossible de proposer quelque chose. Moi, j'ai tellement l'habitude de pouvoir ouvrir les choses, de proposer plein de trucs, même s'ils sont ensuite refusés par le réalisateur. Maintenant, je suis conscient que Jean-Pierre devait avoir tout déterminé à l'avance, simplement pour être en état de stabilité émotionnelle nécessaire à la réalisation de son film...

Un jour qu'on s'était un peu frités, je lui avais fait un dessin, où je m'étais représenté sous la forme d'une marionnette. C'est vraiment comme ça que je me sentais dans son cadre..."

Remarquable dans un film qui ne l'est pas moins, Poelvoorde aura sans aucun doute eu plus de liberté sur le tournage de Rien à déclarer, le nouveau film de et avec Dany Boon, qui sera la comédie la plus attendue des prochains mois. Mais des contraintes imposées par Jean-Pierre Améris est née une de ses interprétations les plus drôles et touchantes.

Louis Danvers

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