Avec Vice-versa, Disney confirme sa volonté de créer des héroïnes émancipées

24/06/15 à 08:00 - Mise à jour à 09:59

De Blanche-Neige à Riley, le personnage principal du prochain Pixar, l'héroïne Disney a fait un long chemin vers la liberté.

Avec Vice-versa, Disney confirme sa volonté de créer des héroïnes émancipées

L'héroïne émancipée Riley, dans Vice-versa. © Pixar

En rachetant le studio de films d'animation Pixar en 2006, Disney a aussi acquis au passage ses héroïnes au caractère bien trempé. Pixar est connu pour sa modernité, mise en image par des personnages de leur temps. Dans Vice-versa (Inside Out), la petite Riley, 11 ans, nous montre l'envers de ce qui se trame sous sa tignasse châtain clair. Le film sort ce mercredi en Belgique. L'occasion de revenir sur les héroïnes Disney révélatrices de leur temps, à travers l'histoire du studio increvable.

"Toutes les héroïnes Disney sont des produits de leur époque. Les princesses créées dans les années 40 et 50 étaient la quintessence de ce que pouvait être une femme à l'époque: la fille bien, qui encaisse les coups durs... et qui au final chante et est gentille. Mais on n'est plus comme ça. Aujourd'hui on déchire", déclarait Linda Woolverton, scénariste chez Disney, dans une interview à Associated Press.

Des jolies écervelées, bonnes à marier, aux rebelles indépendantes, le studio Pixar a entrainé avec lui Disney dans sa machine à accélérer un processus enclenché depuis les années '90.

Blanche-Neige en parfaite soubrette

Blanche-Neige en parfaite soubrette © YouTube

Bonne à marier

Retour en 1937 avec la jolie Blanche-Neige aux cheveux noirs comme l'ébène et à la bouche rouge comme une goutte de sang. Sa compétence principale était - il faut le dire - de bien faire le ménage. La patience, aussi. Pouvoir attendre la venue salvatrice de son prince charmant n'est pas une vertu à la portée de toutes. Cendrillon, en 1950, était elle-même assez docile pour supporter les atrocités de sa belle-famille en plus du ménage de tout un château. Jusqu'à-ce que le charmant Prince (son prénom dans le dessin animé) l'en délivre.

Dans la Belle au bois dormant, sorti en 1959, la princesse Aurore avait une vie guerre plus épanouissante. Elle savait qu'un jour son prince viendrait. Il est d'ailleurs venu, il a vu puis vaincu le dragon. Bien qu'elle soit le personnage principal de cette histoire de sieste de cent ans, le développement de sa personnalité n'intéressait visiblement pas l'oncle Walt.

Béni soit l'homme fort et riche sans qui toutes ces princesses auraient les mains rongées par l'eau de Javel à l'heure qu'il est.

God Save the 90's

Les temps changent. Les moeurs aussi, et les années '90 opèrent un virage à 90°. Désormais, le mariage n'est plus numéro un du top de la vie parfaite d'une jeune fille Disney; il les faut rebelles mais toujours aussi belles, quoiqu'un rien différentes des carcans habituels. La Petite sirène de 1989 est rousse et frappe les esprits de son époque en se libérant de l'étau dans lequel son père veut l'enfermer. Elle représente la curiosité, l'enrichissement intellectuel et le goût de l'aventure. Mais comment faire sans sa voix pour séduire Eric, le prince qu'elle a jusqu'au bout des nageoires? "Lorsqu'une femme sait tenir sa langue, elle est toujours bien plus charmante. Après tout, à quoi ça sert d'être savante?", lui répond la sorcière Ursula. Voilà Ariel convaincue. Dommage, l'émancipation ne viendra pas non plus cette fois.

Mis à part son nom, peu révélateur de son potentiel cognitif, Belle est une vraie intello qui préfère lire à se laisser séduire. La jeune fille est indépendante et peut s'épanouir seule. Hasard du calendrier, c'est lorsqu'elle est retenue en otage par la Bête qu'elle découvre le potentiel humain que cache son futur amour sous sa crinière. La révolution est en marche. Nous sommes en 1991.

Le rêve de la fière Mulan n'était pas non plus que son mec l'enlève et l'emmène. Mais son caractère était peut-être trop trempé. Très audacieux pour l'époque (1998), le public n'a pas suivi en masse l'éviction des codes et le film a récolté un succès mitigé.

Débug de l'an 2000

Une boîte comme Disney n'allait pas aller à contre-courant de la société. Il a donc fallu attendre la fin des années 2000 pour que les héroïnes s'affirment, aient leur mot à dire. Aujourd'hui, les petites filles s'identifient enfin à des héroïnes normales, maîtres de leur destin.

La meilleure illustration est Raiponce (2010). Elle est forte, aux commandes, et pour la première fois, Disney a essayé (maladroitement) de la rendre drôle.

À partir de là, tout s'accélère. En 2012, l'héroïne de Rebelle est une princesse impulsive à la chevelure rousse et ondulée; du jamais vu chez Disney. La recherche du prince charmant n'est pas la tasse de thé de Merida, qui préfère de loin être archère.

Le Reine des neiges en 2013 montre aux enfants une histoire d'amitié entre deux soeurs, plus forte que la recherche du prince charmant, mais pas assez importante pour dissimuler le vrai enjeu de l'histoire: la quête de l'amour véritable.

Tous les stéréotypes des contes de fée ont été détournés depuis que Disney a racheté Pixar. Le nouveau directeur artistique a décidé de nettoyer et de moderniser les contes de fées, aidé par une équipe renforcée de femmes, quasi absentes du milieu du film d'animation jusque dans les années '70. Il fallait renouveler la princesse mais ne pas la gommer pour autant. Les petites rêveront toujours d'être des princesses. Certaines le deviennent même, à force. La Reine des neiges le prouve en devenant le plus grand succès de tous les temps pour un film d'animation.

Vice-versa n'en est vraiment pas loin. Déjà sorti aux États-Unis depuis une semaine, le film vient de briser le record du lancement dans la catégorie des titres originaux aux États-Unis. De cette catégorie, il faut donc exclure les films adaptés d'un personnage déjà connu (par exemple, Batman vs Superman) les films adaptés d'un best-seller (par exemple, la saga Fifty Shades...) ou encore les suites de films à succès (par exemple, Jurassic World). Le film a déjà engrangé l'équivalent de 80 millions d'euros après son premier week-end en salle en Amérique du Nord. Le record était jusqu'à présent détenu par Avatar, avec 68 millions d'euros lors de son week-end de lancement.

>> Lire également notre critique de Vice-versa, le meilleur Pixar depuis Up.

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