Quand l'art nuit gravement à la santé

14/06/16 à 15:03 - Mise à jour à 15:03

Source: Focus Vif

Depuis ses origines, l'art entretient un lien étroit avec la mort. La grande faucheuse fascine la création plastique au point de lui couler dans les veines. Poisons et dangers à tous les étages.

Mauvaises nouvelles du formaldéhyde. Ce gaz incolore qui se caractérise par une odeur âcre a récemment fait parler de lui d'une façon inattendue. Une très sérieuse étude publiée par cinq chercheurs dans la revue scientifique Analytical Methods tend à démontrer que certaines oeuvres de l'artiste britannique Damien Hirst seraient nocives pour la santé. Les amateurs de retours de manivelle apprécieront l'ironie de la situation: ce sont justement les installations les plus provocantes -celles qui ont fait couler le plus d'encre et... se sont bien sûr vendues des fortunes- qui sont en cause. C'est-à-dire? Mother and Child (Divided), une pièce datant de 1993 qui donne à voir quatre profils résultant de la découpe d'un veau et sa mère conservés dans une solution aqueuse à base du fameux gaz en question. Sont également sur la sellette, entre autres, The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living (1991), un requin à la gueule grande ouverte qui a fait le tour du monde, ou encore Away from the Flock (1994), la version ovine de cette série ayant contribué à la notoriété de l'ancien chef de file des Young British Artists. Un comble pour celui qui autrefois s'insurgeait contre le dead feeling, "l'impression de mort" caractéristique de la programmation nécrophile des musées traditionnels. Désormais, tout porte à croire que c'est Hirst lui-même qui trimballe, au propre cette fois, un désagréable fumet de putréfaction dans son sillage. Les chiffres sont formels, les émanations de gaz qui s'échappent en permanence des boîtes en acier dans lesquelles sont enfermés les animaux dégommés sont dix fois supérieures à la norme. Pas de panique, selon les responsables de l'étude, nulle crainte à avoir si vous faisiez partie des 5,8 millions de visiteurs qui ont été voir la rétrospective que la Tate Modern consacrait en 2014 à cet orfèvre de la stratégie du choc. En revanche, l'information est plutôt inquiétante pour les collectionneurs qui ont parfois dépensé des dizaines de millions d'euros pour faire trôner le morbide totem dans leur salon. Cela dit, ils pourront toujours le revendre, hélas à la baisse, pour se payer les séances de chimio nécessaires, puisque c'est bien un risque de cancer du nasopharynx qui, selon les spécialistes, résulte de l'inhalation de formaldéhyde. Une consolation qui ne sera pas forcément à la portée des clients fidèles du restaurant londonien Tramshed de Mark Hix, dont le décor fait valoir un Cock and Bull signé Hirst -sauce formol bien sûr- qui constitue le clou du spectacle. Le tout pour une addition qui risque de s'avérer salée pour cette adresse chicken-and-steak, du moins si aucune mesure n'est prise. Des angoisses, des questions? Il n'y a plus personne de l'autre côté de la ligne: Hirst n'a pas souhaité commenter cette étude parue en avril 2016.
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