La peintre qui ne savait pas peindre

27/09/17 à 15:05 - Mise à jour à 17:29

À Bruxelles chez le galeriste Rodolphe Janssen, l'artiste belgo-iranienne Sanam Khatibi réveille les pulsions primaires de l'animalité humaine. Un propos engagé mêlant paysages exotiques, sensualité et bestialité. Rencontre dans son atelier, entre ses nombreuses toiles et tubes de peinture.

Lorsqu'il est question de présentation, Sanam Khatibi ne tergiverse pas: "Je suis le peintre qui ne sait pas peindre, mais qui sait dessiner". La couleur est annoncée. Cette artiste aux toiles gigantesques, aux paysages séduisants et exotiques n'a jamais étudié l'art. Une véritable outsider comme elle aime se définir qui ne finit pas de troubler son spectateur. Après des expositions à succès à Londres, Los Angeles et Bruxelles Sanam Khatibi nous prouve qu'avecl'art, rien n'est impossible. "Etre artiste, c'est une vie de solitaire faite de moments très violents avec soi-même. Mais quand je suis là, dans mon atelier en train de créer, ce sont les moments les plus forts et je n'ai besoin de rien d'autre", nous confie-t-elle dans son atelier, véritable cocon situé au fond d'un jardin luxuriant au coeur de Bruxelles.

Sanam Khatibi considère toute sa maison comme un atelier: tous les objets chinés, ramenés de voyage, concourent à son inspiration. Dans sa cuisine, on retrouve une multitude de bols à saké, et de céramiques similaires à celles de ses tableaux: "la plupart des objets présents dans mes peintures existent. Regardez, ces bols proviennent de la collection de ma mère et se retrouvent dans l'exposition Rivers in your mouth."

"Les explications se créer dans les sentiments"

Certains aiment la comparer au Douanier Rousseau, à une féministe engagée qui offre à la gent féminine une place d'apparence plus importante. Pour Sanam Khatibi, il n'en est rien, les stéréotypes l'agacent. La jeune femme déteste qu'on la mette dans des cases: "On aime souvent me réduire à "l'artiste iranienne", je déteste ça." Sa peinture est viscérale, instinctive elle doit pouvoir toucher le spectateur sans lui imposer d'interprétation. "Le public général cherche trop souvent des explications, je lutte contre ça. Pour moi, les explications se créer dans les sentiments", précise l'intéressée.

Iranienne d'origine, elle fut bercée depuis sa plus tendre enfance par des contes persans peuplés d'animaux et d'histoires de chasse. Son travail est la synthèse de plusieurs influences comme Bosch et les grands maîtres, puis en grandissant par les tapisseries flamandes de sa grand-mère danoise, dont on retrouve les traces dans son salon.

"On est souvent attirés par des choses qui nous font peur"

Sanam Khatibi dérange le spectateur en abordant des thèmes touchant au plus profond de nos instincts primaires. L'artiste questionne l'animalité humaine, la perte de contrôle, la domination, la soumission: "Je suis intriguée par la dualité: on est souvent attirés par des choses qui nous font peur. Dans mes tableaux, on ne sait pas si les femmes chassent par distraction, pour survivre ou pour le plaisir de faire mal." Un thème qui selon elle choque par simple modification des stéréotypes.

Des hommes qui chassent ne perturbent pas l'ordre naturel de nos représentations. L'artiste déstabilise en changeant les sexes de ses personnages, en les dénudant et en amenant de la sensualité là où la violence devrait régner. "On trouve mon travail parfois violent. Si je devais me faire une critique, c'est qu'il ne l'est pas assez". Comme dans un jardin à la végétation luxuriante, l'exposition Rivers in your mouth invite à la perte de contrôle au coeur d'une atypie édénique.

Elisa Brevet

Rivers in your mouth, Sanam Khatibi, galerie Rodolphe Janssen (35 rue de Livourne), à Bruxelles. Jusqu'au 28octobre prochain. www.sanamkhatibi.com

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