L'oeuvre de la semaine: Séraphine Louis, où l'art de remplir jusqu'à l'apaisement

10/12/17 à 15:00 - Mise à jour à 23:15

Frotter, astiquer, récurer, brosser, faire briller les sols de pierre et l'argenterie, chasser les poussières et les traces de boues chez les bourgeois de Senlis, voilà le destin de Séraphine dans les années 1900...

Alors, le soir ou les jours sans peine, elle dessine et peint de grands bouquets dressés comme les arbres de vie de l'art populaire mexicain. Elle les remplit de fleurs qui sont aussi des fruits et des gousses. Davantage qu'une composition dont, pas davantage que l'art de peindre, elle n'aura appris les rouages, elle additionne, elle accumule, elle remplit, méthodiquement et sans hâte comme si, par cette activité, elle éclairait sa vie d'un sourire en l'apaisant, ce qui, il est vrai, n'est pas très éloigné des mandalas à colorier proposés avec un supplément de sagesse exotique, dans nos superettes de la culture.

L'oeuvre de la semaine: Séraphine Louis, où l'art de remplir jusqu'à l'apaisement

© DR

On peut aussi songer aux "paperolles", ces reliquaires populaires, réalisées par les religieuses cloîtrées et anonymes qui depuis le 17e siècle, autour d'une figure de saint ou d'une scène biblique, multipliaient jusqu'à l'étouffement, la présence de petits papiers roulés, coloriés et frisottés. Séraphine Louis aurait pu demeurer anonyme si parmi ses patrons, il ne s'était trouvé un critique allemand qui, dès 1904, installé à Pars, n'avait côtoyé les peintres de Montmartre dont Picasso, Matisse, Delaunay et... Le Douanier Rousseau pour lequel il organisa une exposition.

En 1912, Wilhelm Uhde déménage et s'installe à Senlis où par le plus grand des hasards, il apprend que sa femme de ménage peint.... Aussitôt conquis par la fraîcheur de l'oeuvre, il lui achète une première toile puis une deuxième, une troisième... Séraphine entrait au panthéon des arts dits naïfs aux côtés d'autres créateurs du même bord (Camile Bombois, Louis Vivin, André Bauchant...) que le critique allait découvrir et défendre dans les années 1920-1930 alors que le grand art voguait alors entre abstraction et surréalisme.

La crise économique des années 30 mit un terme aux acquisitions de ses oeuvres et entraîna Séraphine dans les tourbillons de la folie. Internée, elle refusera désormais de peindre et mourra, plus seule que jamais en 1942. L'oeuvre est présentée au coeur d'une exposition qui rappelle le parcours du critique allemand. Quant au personnage de Séraphine, il fut rappelons-nous, incarné par Yolande Moreau dans le film de Martin Provost sorti en 2008.

Villeneuve d'Ascq, Lam, jusqu'au 7 janvier. LAM 1 allée du musée. Tous les jours sauf lundi de 10h à 18h. www.musee-lam.fr

Légende Séraphine Louis, L'Arbre de vie/Les fleurs de paradis, 1928. Legs d'Anne Uhde, 1977. Musée d'Art et d'Archéologie, Senlis. Photo Christian Schryve

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