L'oeuvre de la semaine : Mais que se passe-t-il dans cette rue ?

01/05/16 à 15:30 - Mise à jour à 15:29

Source: Le Vif

Le Bruxellois Emmanuel Tête a inventé un mot pour définir son travail : dessinarrer. D'une part explique-t-il parce qu'ainsi est posée l'orientation narrative de ses compositions.

L'oeuvre de la semaine : Mais que se passe-t-il dans cette rue ?

© Emmanuel Tête

Ensuite et peut-être surtout parce que la consonance du terme fait écho à sa passion pour l'Italie. Plus particulièrement même à l'art des XIVe et XVe siècle qui virent la révolution de la première Renaissance. Celle durant laquelle les "imagiers" élaborèrent de nouveaux systèmes narratifs bientôt cadrés par l'usage de la perspective linéaire. De son crayon à la mine très pointue, l'artiste quadragénaire va donc très patiemment nous promener dans des histoires étranges, ironiques, absurdes dans lesquelles çà et là, les allusions aux arts anciens se chevauchent. Parfois, à ces échos à peine masqués, il en ajoute d'autres de peintres modernes (Miro, Magritte, Hockney...) qui, à leur tour, ont été fascinés par les créateurs toscans des années 1300-1400. Ainsi ce dessin titré YHS. Ce n'est pas un hasard si l'abréviation (Jésus sauveur des hommes) renvoie à son inventeur qui n'est autre que Saint Bernardin de Sienne qui vécut justement au XVe siècle. La perspective accélérée de la rue évoque renvoie à son tour, comme la présence du long mur à l'une ou l'autre détrempe de Duccio ou encore de Fra Angelico alors que le fil du récit se tisse en suivant un bien curieux tuyau d'arrosage qui, parti de la laisse d'un chien, passe sous les pieds d'un lecteur assis avant d'aboutir entre les mains d'un ange du paradis. Est-ce un fil d'Ariane pour les Thésée que nous sommes ? Comment relier les acteurs, deviner le sens de la scène, y perdre son latin ? En effet, au fur et à mesure que le regard s'attarde, le lecteur que nous sommes décèle d'autres appels. Le personnage observant le ciel à l'aide de sa lunette d'approche n'est pas sans évoquer le laboureur de la Chute d'Icare de Bruegel. Mais surtout, cette rue reprend des éléments de celle peinte par Balthus en 1933, l'année où Hitler devient chancelier. Du coup, Les temps se bousculent et nous projettent vers une multitude d'interprétations.

Bruxelles, Rossi Contemporary. Jusqu'au 14 mai. Rivoli Building. 690 CH de Waterloo. Je-Ve 13-18h, Sa 14-18h. www.rossi.contemporary.be

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