L'oeuvre de la semaine: les mots piégés

18/06/17 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Née en 1974, la Bruxelloise Valérie Mannaerts a depuis la fin des années 1990 conquis l'international avec un travail s'incarnant aussi bien dans le dessin que l'installation, la vidéo et la peinture.

L'oeuvre de la semaine: les mots piégés

Valérie Mannaerts, Real Something (Nippels), 2017. © Copyright de l'artiste et Galerie Bernier-Eliades

Le point commun : la création d'un espace qui soit un véritable lieu habité dont la présence s'impose même si sa description s'avère hors d'atteinte.

Sa méthode : le collage ou si on préfère la juxtaposition de formes, de signes ou de fragments dont les uns appartiennent à l'univers du reconnaissable (voire de la citation) et d'autres, à la pure invention, au vivant et au non vivant.

Ses récentes grandes peintures, "Real Something", visent une étrange sensualité contrariée que construisent les valeurs chromatiques "en mineur", le tracé courbe et la froide neutralité de l'écriture picturale. Que voit-on et comment trouver les mots ? L'image de ces corps amputés et agglutinés les uns aux autres dérange. Alors, on biaise.

On peut en appeler à une scénographie qui n'est pas sans évoquer celle de Francis Bacon. S'agirait-il alors d'une réponse aux expressionismes à la fois violents et sensuels du peintre anglais ? Une manière d'envisager à son tour le corps comme viande mais du point de vue féminin ?

Le graphisme en stries ondulantes de certaines parties peuvent à leur tour relever d'une dette envers Hans Bellmer, ce graveur surréaliste si proche des textes de Georges Bataille et qui écrivait : "Le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d'anagrammes sans fin, ses contenus véritables". On s'approche, toujours masqué.

Il faudrait aussi interroger le socle-colonne posé à l'avant-plan de la scène... Puis revenir au magma organique et précieux des corps enchevêtrés dont certaines parties évoquent davantage l'insecte que l'humain. Y aurait-il de la mante religieuse en tout ceci ? Une mante qui, à l'évidence, dévore aussi les mots pour le dire.

Bruxelles, Galerie Bernier-Eliades, 46 rue du Châtelain (1050). Jusqu'au 1er juillet. Du jeudi au samedi de 12h à 18h. www.bernier-eliades.com

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