L'oeuvre de la semaine: la peinture désincarnée

21/01/18 à 11:28 - Mise à jour à 11:28

L'image proposée par l'Allemand Ulrich Lamsfuss ne relève pas d'une énième forme d'hyperréalisme même si, de loin, l'aspect photographie des oeuvres retient.

L'oeuvre de la semaine: la peinture désincarnée

Vase with Karl Marx (USSR 1953) Black, 2016. © Copyright de l'artiste et Gftalerie Daniel Templon Bruxelles-Paris.

Une série de tableaux présentant le même sujet reproduit de manière identique (un vase émaillé avec le portrait de Karl Marx en médaillon) donne le ton. La prouesse vient de cette similitude parfaite, hormis la couleur de la signature, des quatre toiles juxtaposées. De là à discourir, il n'y a qu'un pas. Sautons le rubicond.

Et d'évoquer l'attitude anti-capitaliste de cet élève de Baselitz dans son combat politique traduit ici par une dénonciation de la valeur liée à l'oeuvre unique. Cette opposition fut longtemps liée à l'aspect financier qui, par la reproduction en série, autorisait une diminution du prix. C'était hier et même avant-hier à l'heure joyeuse des utopies associées aux Treize glorieuses.

Mais laissons ces exégèses convenues aux spéculations du marché de l'art actuel et revenons à la peinture. Plusieurs mois sont, nous dit-on, nécessaires à la réalisation de chaque tableau. Chez certains artistes, cette durée correspond à une lente et progressive avancée en pays inconnu de l'esprit ou de la pensée. Ici, le temps nécessaire est celui de la précision exigée pour traduire au plus juste l'impression livrée par le modèle photographique. L'art de peindre ne vise dès lors pas à insuffler une vitalité à la matière mais au contraire à en neutraliser le côté "romantique". Les couleurs sont nuancées et inscrites davantage à la façon d'un coloriage soumis à l'art d'un tracé tout aussi méticuleux et exsangue.

Avec cette méthode, certaines toiles, inspirées par des campagnes de publicité pour parfum ou pour les Nike, donne lieu au contraire, par quelques stratégies banalisées (le ciel tourmenté, les vents de tempêtes, les éclaboussures...), à une forme de héroïsation tout aussi froidement dénoncée par la pointe du pinceau. Et on songe, avec tendresse, aux peintres-esclaves de la Chine conquérante, reproduisant en un temps record pour un public avide de vraie peinture mais avec une absence totale d'empathie, les chefs d'oeuvres du XIXe siècle.

Bruxelles, Galerie Templon. 13A rue Veydt. Jusqu'au 24 février. Du mardi au samedi de 11h à 18h. www.templon.com

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