Denis Meyers: 1500 bombes dans l'ancien siège Solvay

23/04/16 à 07:00 - Mise à jour à 22/04/16 à 15:33

Source: Focus Vif

Remember souvenir signe un tournant radical dans la carrière de Denis Meyers. En noircissant 25.000 m² de l'ancien siège Solvay, il livre une oeuvre magistrale qui suinte l'énergie du désespoir.

Sébastien AloufDécouvrir la silhouette amaigrie de Denis Meyers à l'entrée du bâtiment Solvay occasionne un choc. Sans être familier du personnage, on constate d'emblée que quelque chose a changé. De loin, on dirait une sorte de commandant Massoud re-venu d'entre les morts. Un effet que renforce à l'arrière-plan les trous béants de l'édifice dans lequel il vient d'enterrer huit mois de sa vie. Son écharpe nouée autour du cou a des allures de keffieh palestinien. Le polar maculé et le pantalon militaire ont salement morflé. De près, c'est pire. La barbe poivre et sel du moudjahidin dit le passage du temps mais moins que l'oeil usé, détaché de ce monde. On le suit parmi les débris de l'ancien fleuron immobilier. Il mène le visiteur dans une cour intérieure. Le lieu a des allures d'état-major. Un canapé sorti de nulle part offre un moment de confort incongru au sein de cet environnement décharné. Les murs de la cour sont envahis de verbes tagués à la bombe: "merder", "crever" mais aussi "aimer", "pardonner". "Oublier" semble récurrent. Sur une table, un petit barbecue dore des saucisses. On s'apprête à entamer la discussion quand un sonore "Qu'est-ce qu'on fait pour le joint des toilettes?" nous coupe la chique. C'est le père Meyers, une lampe frontale coincée sur le bonnet. Il est sur place pour épauler le fiston. Le guérillero urbain a mobilisé toutes ses troupes. Cette interruption n'est qu'un début, toutes les cinq minutes le portable de l'intéressé retentit, l'obligeant à faire des choix stratégiques quant à l'éclairage, la sécurisation de l'endroit, la venue d'un DJ. Le constat saute aux yeux: Denis Meyers est en guerre. Quand on...

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