Charlemagne Palestine: "Je n'aime pas le minimalisme, le vide, le zen..."

18/05/18 à 09:43 - Mise à jour à 09:43
Du Le Vif Focus du 17/05/18

Cela fait 20 ans que Charlemagne Palestine, contre-héros de l'avant-garde new-yorkaise, s'est installé à Bruxelles. Véritable "bordel sacré", son oeuvre disruptive abouche l'esthétique avec la spiritualité.

Avec ses codes balisés, l'échange de mails est devenu un exercice unidimensionnel rasoir qui rabote la communication aussi certainement qu'une tondeuse raccourcit le gazon lors d'un samedi ensoleillé. "Belle journée", "Bien cordialement", "À ta disposition pour en parler"...: on en passe et des plus soporifiques. Rien de tel qu'échanger quelques messages avec Charlemagne Palestine en vue de fixer un rendez-vous pour redonner couleurs et musicalité à ce moderne rituel. "bestttttttttt", "tomorrowwww is okayyy!!!!", "i'm totallyyy open!!!": l'intéressé semble nous crier dans les oreilles à la façon d'une notation vibratoire qui rappelle que derrière la lettre il y a un corps... Fidèle à une oeuvre imprégnée par le son ainsi qu'au geste Fluxus soucieux d'effacer les ruptures entre l'existence et l'oeuvre, le New-Yorkais (1947) importe le "strumming" dans le langage de tous les jours. "Strumming"? Il s'agit d'une "musique frappée", une pratique du piano qu'il a développée au début des années 70. Dans Palestine, prénom Charlemagne-Meshugga Land (1), Marie Canet cite son ami le compositeur Ingram Marshall pour expliquer la démarche: "(...) Charlemagne a développé une approche du piano qui n'était pas simplement extrêmement répétitive et physique mais qui était basée sur la théorie selon laquelle, en donnant le bon stimulus, l'instrument possédait une voix qui lui était propre et qu'il pouvait produire toute une série d'harmoniques qui semblaient surgir eux-mêmes comme par magie." De façon similaire, Charlemagne Palestine a entrepris de "frapper" sur la langue afin de la faire renouer avec une force d'expressivité antérieure à la grammaire. À moins qu'il s'agisse d'une réminiscence de l'enfance. "Quand j'étais petit, je bégayais, du coup on m'avait appris à parler en chantant, ce qui a peut-être noué musicalité et répétition en moi", suggère-t-il. À garder en permanence à l'esprit: même si le plasticien apparaît comme fantasque et exubérant, un "original de la création contemporaine" selon le journal Libération, aucune de ses manifestations n'est anodine, gratuite. Vie et travail sont ici d'une cohérence totale.
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